Auteur Sujet: Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal  (Lu 9552 fois)

Dayto06

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #30 le: 02 décembre, 2020, 22:23:11 22:23 »

Toujours émerveillé par ceux qui ont la plume facile!

Un régal à lire... On attend la suite.

;)
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cooter

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #31 le: 02 décembre, 2020, 22:29:38 22:29 »

Quand je relis notre sortie en aveyron et celle de bourrask, c’est comme un match d’amateur et une finale de coupe du monde 86 avec diego.
Tout y est , rythme, paysage , endurance , routes sélectionnées ...... la référence du motard expérimenté ....... respect ;)
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arvigna

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #32 le: 03 décembre, 2020, 09:50:21 09:50 »

Citer
je vais en faire ma devise  !!!! 
Idem !!  :D

Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #33 le: 03 décembre, 2020, 20:01:53 20:01 »

Merci pour vos messages, c'est cool si ça vous plait.
Moi je vois ça comme une bande dessinée ou un scénario de film, un truc le plus visuel possible en tout cas.
La suite sans doute pas avant la semaine prochaine. Je vais avoir la pression maintenant, va falloir assurer jusqu'au bout :P ;)
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dam-s

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #34 le: 03 décembre, 2020, 21:25:16 21:25 »

prends le temps, faut pas décevoir .... ;-)

et même si c'est pas loin, faut  faire une halte au cheylard ...
y a toujours de la binouze, du café ...  etc ...

on pourras causer becanes et roadtrip ...

on a pas mal roulé dans les Pyrénées et l’Espagne ... entre autres  ....
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maico

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #35 le: 06 décembre, 2020, 17:41:26 17:41 »

On plane facile et c'est cool !
Elle t'emmène à coup sûr ... La Bourrask  :)
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Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #36 le: 12 décembre, 2020, 21:21:12 21:21 »

Si hier la conquête de la route magique fût perturbée par les éléments j’avais planifié, pour cette deuxième journée, de l’emprunter « en mode reverse » dans l’espoir de revivre l’expérience initiale remontant à plusieurs années, de retrouver la première fois.

Smells like teen spirit

Août 2014
Le trip avec Mehdi.
Partis de Lyon une semaine auparavant nous avions alors déjà traversé les Alpes jusqu’à Nice, exploré les alentours du Verdon, découvert le lac de Salagou et les gorges de Navacelles. Tout du long nous avions adapté l’itinéraire global étudié au préalable en fonction du moment présent, au jour le jour. Si le plan du départ ne prévoyait pas de halte au camping municipal de Sournia, nous nous y arrêtâmes la veille simplement parce que le coin était beau, l’heure tardive, la fatigue murmurant aussi ses choix.

D’après mes souvenirs, ce jour là nous partîmes sans réel but si ce n’est que de tirer jusqu’à la Province d’Andorre et d’aviser plus loin selon le ressenti. L’essentiel du voyage étant déjà accompli, la remontée vers Lyon toute proche, il ne nous restait qu’à valider le check point pyrénéen et à rentrer, la jauge des sensations à son maximum.

Encore engourdi, une bonne vibration me tirait doucement de ma léthargie matinale. Celle du devoir accompli, des régions traversées ou de la résonnance du V60 à travers le corps… C’est finalement celle de la panne sèche qui acheva de me réveiller à hauteur du panneau d’entrée de la première agglomération rencontrée. Mehdi vint à mon secours. Les réservoirs remplis à ras bord, la journée pouvait enfin commencer.

Nous reprîmes notre bonhomme de chemin vers l’Andorre, vers l’imprévu.
Sur le col large et roulant nous «cruisions » paisiblement, quand tout à coup un gugus en tenue de clown aperçu sur le bord de la route quelques hectomètres plus tôt nous doubla en trombe pour finalement s’arrêter à nouveau tout juste sa manœuvre effectuée. Nous reconnûmes un roadster midsize avec plaque allemande que nous saluâmes poliment en le dépassant à nouveau.
Une poignée de secondes plus tard, il réitérait sa manœuvre malicieuse. Avant la fin de la 3e répétition, très poliment nous acceptâmes l’invitation lancée en bonne et due forme.
Alors nous voilà parti en combat (presque) singulier. La France contre l’Allemagne.
Etaient aussi engagés dans la bataille, le Japon, l’Italie et l’Angleterre.

Au terme d’un échange de politesse de plusieurs kilomètres, Mehdi, beaucoup plus sociable que moi, proposa d’un geste au sens universel un arrêt commun pour signer l’armistice dans le bar le plus proche. L’Allemand accepta le cessez le feu.

Le motard étranger ne parlait pas un mot de français et à peine mieux l’anglais. Je ne pouvais le blâmer. Mehdi s’adressa alors à lui dans sa langue…

Avant notre trip, Mehdi je ne le connaissais pas vraiment. Nous nous étions rencontrés à travers un forum moto, avions roulé par deux fois ensemble et surtout validé un câblage mental identique concernant la pratique de la moto. Bref, surprise, Mehdi était un ancien LV1 allemand.
En résumé, notre hôte se prénommait Bernard. Il était en vacances dans le sud de la France pour quelques semaines et ce matin il était parti pour une balade avec la moto de sa femme. Une petite Street Triple R chaussée en Supercorsa, une bonne brêle pour aller chercher le pain.
Par rapport à nous, Bernard était un « ancien ». La cinquantaine passée, cheveux blonds, mâchoire carrée, les traits du visage saillants et l’allure générale svelte trahissant une certaine condition sportive, passée ou présente. Il portait un blouson textile aux couleurs délavées jaune et bleue de la marque Husqvarna des années 90 au moins avec pardessus une ceinture lombaire. Jeans et baskets complétaient son équipement.

« On va en Andorre après on se sait pas encore mais si tu veux tu peux nous suivre. »
Voilà à peu de choses près ce que proposa Mehdi à l’étranger.
Comme accords auprès des autorités officielles Bernard sortit son portable pour annoncer à sa femme son probable retard.

Les moteurs s’ébrouèrent. Façon de parler. La pression sur le démarreur du 4 cylindres du ZXR 750 de Mehdi s’accompagna comme à l’accoutumée d’une déflagration à péter toutes les vitres aux alentours. Le V60 accouplé au RSV Titanium produisait un son à peine moins agressif au démarrage, rauque et puissant une fois lancé et presque agréable quand on aime la sonorité des V2, que l’on est équipé de bouchons d’oreille aussi.
Ouais c’était l’ancien temps.
L’anglaise émit un son. Aspirateur Dyson? Turbine électrique ? Volkswagen Polo TDI 3 cylindres ? Va savoir. Cela dit, pour réaliser sa manœuvre de retournement sur le parking recouvert de gravier, Bernard effectua un demi donut pied à terre ! Les évènements pourraient prendre une drôle de tournure, me dis-je alors.

Gaz vers notre but indéterminé.
La frontière de l’Andorre franchie, Mehdi m’indiqua un petit col permettant de shunter une partie de l’insupportable traversée de la province. Une réminiscence de son enfance, un assaut qu’il me laissait mener, Bernard à mes trousses.
Dans la descente étroite, piégeuse, voire vicieuse dans ses enchainements, j’aurais tout tenté. Planté le freins en limite de blocage de roue avec ré-accélération à l’unisson, sorti la technique secrète et habituellement imparable à la supermot tout en contrebraquage et pied sorti dans les épingles, le repose pied léchant le sol, rien n’opérait. A part peut-être dans les enchainements où la trajectoire prédomine sur la technique pure… la moto de gonzesse surmontée du vieux clown ne me concédait pas un pouce.
La joute était très marrante. Eloignée du concours c’était plutôt un échange à l’égale d’une impro entre musiciens, le tempo montant à mesure que chacun apprenait à se connaître, révélant le rythme qu’il pouvait atteindre pour définir les limites techniques qui permettraient d’établir le cadre d’une performance commune. Bref c’était les répétitions avant l’interprétation magistrale et Bernard envoyait du très lourd.

Arrêtés au rond point au pied de la descente nous attendions Mehdi soumis à des problèmes de freins depuis le début de notre trip une semaine plus tôt. En montée ça allait, en descente c’était beaucoup plus sport.
Le V60 sur le ralenti, les bouchons dans les oreilles, j’entendais néanmoins Bernard gueuler. Pour moi l’allemand sonnait de manière plus agressive que nos motos.
Je me retournai vers lui. Il descendit de sa brêle et me tapa sur l’épaule en beuglant « Wunderbar !  Wunderbar ! »
Je devinai aisément le sens de ses exclamations.
Chez nous on dit : « T’attaquais toi? »

Le trio reformé, nous marquâmes l’arrêt peu avant la frontière entre l’Andorre et l’Espagne.

« On mange pas le midi, on boit du coca, on fume 2-3 clopes et on repart. »
Un truc comme ça traduit en allemand. C’était Mehdi qui parlait évidemment pendant que je sortais la carte…

Parce que j’ai toujours la carte !
Mehdi, lui c’est le roots, le mec qui te dégote un chemin à 23h passées en guise de bivouac parsemé de crottes de renards. Pas de problème pour dormir en combinaison cuir intégrale, le casque sur la tête visière fermée pour échapper aux moustiques. Il est l’impulsif, l’aventurier.
Moi je suis l’organisé, le prévoyant. J’ai toutes les cartes à l’échelle départementale de notre voyage. A vrai dire je n’étais pas comme ça avant, mais dormir trempé dans une tente, sans aucun change sec, dans le froid des sommets alpins ça forge l’expérience. Avec nos différences nous formions un duo de choc. L’union sacrée au service de la connerie.

Je présentai la carte du nord-est espagnol à l’échelle 1/400 000e que j’avais emportée au cas où.
« On peut tailler un bout de route en Espagne, ce sera court, 2h grand max. » Estimais-je en traçant du doigt l’itinéraire sur le papier.
En même temps que l’on discutait roadbook on en apprenait un peu au sujet de Bernard. Ancien Crossman en compétition dans sa jeunesse, il roulait désormais sur différents circuits européens au guidon d’une CBR 1000 RR et d’une S1000 RR. Le smartphone en main il nous présenta une photo de la BM sur le tracé d’Alméria avec beaucoup de modestie. C’était visiblement un mec simple et cool. Et surtout un très gros client.
Bernard décida de nous accompagner. Nouveau coup de fil à sa femme « Ne m’attends pas avant la fin d’après midi. » Traduction supposée.
Il insista aussi pour nous offrir boissons et paquet de clopes.
Ouais, y’en a même qui nous donne du fric.

La portion rectiligne jusqu’à la prometteuse bifurcation vers les massifs s’éternisait, la route était ennuyeuse et plus longue que je ne l’avais imaginée au départ. Je compris néanmoins assez vite mon erreur, celle de l’échelle, bien différente des cartes utilisées jusqu’à présent. Deux fois plus grande, les distances et le temps étaient multipliés par le même facteur. La petite demi heure de ligne droite prévue s’étalait finalement sur une cinquantaine de minutes avant l’embranchement convoité.
Ici commençait le Nirvana. Une route taillée comme une piste de kart, étroite et sinueuse à l’extrême, revêtue d’un bitume digne des plus beaux cols alpins suisses. D’emblée je devinai qu’on allait se prendre une grosse dose de sensations incroyables. Y compris l’angoisse quand il faudrait planter les freins dans un gauche aveugle face à cet énorme et improbable car de tourisme noir à double étage emplissant toute la voie, perdu dans sa manœuvre entre les garde-fous du précipice et les débords de la falaise. Objectif le pied à terre au plus court, sinon c’était le choc frontal assuré. On s’arrêta à cinq mètres du mur.



Une pause plus loin pour savourer quelques instants sur ce tracé fantastique d’une trentaine de kilomètres, certainement unique et à la qualité indétrônable selon moi à ce moment précis, nous découvrîmes une section plus dantesque encore. Le bitume étroit céda la place à une descente extra large en opposition complète à la montée précédente et au bitume tout aussi parfait. Au niveau sensoriel, aucune redescente, plutôt une envolée encore plus puissante que la première dose.
Au total 80 bornes cumulées. Il était temps de s’arrêter pour ravitailler en carburant et échanger sur cette expérience singulière partagée ensemble.
Nous repartîmes l’esprit apaisé et serein à l’idée que la déflagration sensorielle était belle et bien terminée. C’était sans compter sur la troisième dose encore plus phénoménale qui nous emporta dans sa prodigieuse montée en puissance.

Quelque chose arrivait devant. Les premiers enchainements paraissaient irréels. Coup d’œil rapide sur la carte comme pour m’assurer que je ne rêvais pas, désormais j’intégrais l’échelle, il devait y avoir 50 bornes au bas mot. Ca allait être une putain de déferlante!
Je sentais que mes derniers instants de conscience allaient bientôt s’évaporer alors dans le dernier court bout de droit conduisant au Graal… Je me vois encore me retourner vers Bernard pour d’un geste évocateur lui demander s’il souhaitait ouvrir la voie. Un peu trop souvent coller à mes basques, je réalisai là que ne voulais plus me soucier de qui que ce soit pour apprécier pleinement ce qui allait arriver. Geste tout aussi explicite en guise de réponse négative. Surtout pas! Alors ainsi soit-il, Amen.
Pour la suite je n’ai pas de souvenir précis de cette première expérience de la route magique.
Au terme de 50 kilomètres infernaux, nous nous s’arrêtâmes sur un parking pour retirer les casques et se jauger les uns les autres. Hallucination collective ou expérience mystique ? Avions nous rêvé ce même moment tous ensemble ?
Hare Krishna ! Bernard lui était comme sous trip LSD façon seventies répétant en boucle les« Wunderbar ! ».



La raison retrouvée, nouveau coup de fil à sa femme : « Je vais rentrer un peu plus tard que prévu. »
J’imaginais là encore son échange téléphonique.
Il devait être 20h et la frontière française se situait à plusieurs dizaines de kilomètres. Nous visions les Prats de Mollo puis Amélie les Bains où nous couperions par le massif nous séparant de l’Ille sur Têt et Sournia. Il était temps de repartir. Le ciel s’assombrit, quelques gouttes de pluie tachèrent le sol en guise d’avertissement. Ce fût l’apparition des premiers effets d’une force qui tentait de nous retenir.

Le sommet du col d’Ares recouvert d’un brouillard à couper au couteau, nous passâmes au milieu des vaches plantées sur la route. Bordel de merde, était-ce un autre signe ?

Amélie les Bains, la nuit tombée nous fîmes nos adieux à Bernard. Nous ne le reverrions jamais mais nous garderions tous, je pensai, le même souvenir de cette incroyable journée.
Dernier coup de téléphone à son épouse. Il prit cher sûrement.

Quelques clopes grillées en guise de victuaille plus tard nous repartîmes Mehdi et moi pour le col de Xatard dans la nuit noire éclairée seulement par nos phares, et aussi un petit voyant orange allumé sur mon tableau de bord. Nous nous arrêtâmes au sommet pour profiter de l’ambiance sauvage qui régnait ici. Les sonorités de la vie nocturne animale envahissaient le fond sonore de manière très intimidante. On se serait cru dans un film d’Indiana Jones. C’était même un peu effrayant.



Fallait rentrer. Au redémarrage, panne d’éclairage du ZXR ! Plus de lumière, rien, que dalle.
Moi : « Comment on la joue ? »
Mehdi : « Bah je vais te suivre comme le fil d’Ariane. »
Je lui avouai ne pas être rassuré et sur la réserve depuis 20 bornes alors que la carte indiquait 30 kilomètres à travers la montagne avant la prochaine ville.
Il était cher ce Graal.

Nous repartîmes à une allure adéquate pour profiter d’une lumière pour deux. Etant donné les capacités d’éclairage du Tuono autant dire qu’on se traina méchamment. Et pour ne pas faire les choses à moitié je nous engageai sur un raccourci qui rallongeait. Jaune ou blanc sur la carte, à la lumière de la lampe frontale c’était du pareil au même, ainsi nous bifurquâmes sur le col de Palomère au lieu de poursuivre par la départementale jaune plus directe.
Le ruban routier était hyper étroit et son revêtement pourri, enfin le peu que je discernais. Les plaques de gravier furent fréquentes, la roue arrière dérapait même à faible vitesse. Enfin on bascula du coté de la descente vers la vallée. On coupa les moteurs pour économiser les derniers centilitres de carburant et éviter le coup de la panne d’essence une deuxième fois dans la même journée.
Et au bout d’une éternité nous regagnâmes la civilisation. De l’essence aussi.

A l’Ille sur Têt nous retrouvâmes la « D2 mon amour » véritable spéciale de rallye qui menait à Sournia. A la vue d’une grosse pierre au milieu de la route je marquai quasi l’arrêt pour la signaler à mon poursuivant et au moment même de ré-accélérer une famille de sangliers traversa la voie juste devant ma roue. La récompense du Graal devait-elle s’accompagner d’un sacrifice ?
Puis les lumières de Sournia furent à vue perchées sur le flanc de la montagne. Cinq kilomètres seulement nous en séparaient, mais après tous les évènements de cette journée, ils semblèrent les plus longs.



Minuit passé, enfin nous étions de retour. Hourra ! Le foyer du village encore ouvert nous espérions trouver pitance (on avait rien bouffé depuis 24h). Nous fûmes accueillis par des jeunes et un sympathique belge bien entamé. Subjugué de nous avoir vu sortir de la nuit à moto dans ce coin paumé il nous offrit plusieurs bières. Aussi il voulait acheter le ZXR qui lui rappelait sa jeunesse. Ca c’est parce qu’il était bourré…Le V60 eut été le bon choix.
Y’en a même qui nous donne du fric.

Deux jours plus tard, on rentrait mais le feu sacré, le Mojo, restait ici avec le Graal. Tel était le prix à payer.

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Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #37 le: 12 décembre, 2020, 21:30:46 21:30 »

Retour à notre été 2020, à cette époque où désormais on porte le masque.

A vrai dire ce matin je suis content de l’avoir sur le nez et surtout rassuré que tous les clients de l’hôtel le portent également. Mon cuir détrempé de la veille exhale une tenace odeur de pisse de chat. Alors un peu honteux je traverse rapidement les deux étages pour sortir de la bâtisse et retrouver les motos garées sous l’auvent. Je n’ai qu’une hâte démarrer pour prendre l’air frais de plein fouet.

Nous rejoignons rapidement Ripoll, ville au départ de la route à sensations, à dix kilomètres seulement de notre gîte. En sens inverse le tracé effectué la veille sous la pluie est parfait aussi mais la magie ne sera jamais plus celle de la découverte initiale, il faut bien s’y faire. Nous ne croiserons ni Mehdi, ni Bernard, ni même aucun autre motard comme sur la majorité des routes espagnoles. La région catalane est une terre de moto déserte…c’est sans doute ce qui demeure l’un de ses plus grands atouts.

Au bout d’1h30 nous nous arrêtons au sommet du col qui marque l’intersection vers l’aventure. Cette deuxième journée devait être dédiée en majorité à l’exploration des zones encore méconnues de la région.
« Je vais rentrer à l’hôtel, je m’sens pas bien » nous annonce Jean.
Tourista?
Pour être franc, je suis un peu déçu de ne pas pouvoir nous engager pleinement sur des tracés nouveaux surtout après la longue distance parcourue depuis la région lyonnaise, mais la solidarité doit primer avant tout. Le road book de folie je l’ai prévu pour le troisième jour, aussi cette perspective efface rapidement la déception.
« On va raccourcir la boucle et prendre le chemin du retour. On est une équipe. Toussa…»

Biké allongé dans l’herbe verdoyante et fraîche de la pluie précédente, une clope entre les doigts : « C’est bien la meilleure pause depuis le début du trip. »
Si Biké croit qu’il va s’en sortir comme ça…

Nous repartons par la descente sur Solsona totalement inconnue qui rallonge à peine la distance retour et vaut la peine de ce court détour. Le voyant orange s’invite sur le tableau de bord un peu avant Solsona. Nous poursuivons vers Berga.
Chaque agglomération possède sa station essence alors pas de panique. Cela dit les distances séparant les différentes villes sont longues et désertes, et ça nous allons nous en rendre compte dans les minutes à venir.
Sur ce tracé, nouveau lui aussi, tout en virages serrés on met du gaz. Pour un temps. Désormais la réserve est allumée depuis 25 bornes et nous n’avons pas roulé à l’économie.
Dernier carrefour avant Berga, le panneau indique 28 kilomètres, je m’en souviens nettement. Avec son V4 1000 Biké doit déjà être en train de fulminer. Bordel il nous fait encore jouer avec les limites de la réserve ! J’ai la même autonomie. Jean lui a de la marge avec son 1100 et ses 30 à 40 bornes supplémentaires. Mais là il va falloir prendre des mesures drastiques.
Alors sur la suite du tracé très joueur je nous cale à 50 km/h. C’est le seul moyen qui nous permettra éventuellement de ne pas avoir à pousser les motos…Biké et moi.

Biké sera le premier à s’arrêter.
Je revois sa moto dans le rétro finir sur l’élan de la descente et ne pas remonter la pente de la cuvette. Panne sèche.
Je ne m’arrête même pas, le demi tour serait trop couteux en essence, et poursuis sur les derniers centilitres du réservoir. La solidarité toussa...J’imagine sa tête croyant qu’on l’abandonne à son sort et ça me fait rire.
En dehors du champ de vision de Biké, je me mets d’accord avec Jean. Lui part en éclaireur jusqu’au prochain relai, et moi je poursuis à faible allure jusqu’à la panne sèche. Jean nous ravitaillera l’un après l’autre au retour.
Après quelques kilomètres de montées sur le filet de gaz et de descente en roue libre je réussis l’exploit de rejoindre la station essence la plus proche sans avoir croisé Jean.
A l’image d’une scène du nanard Torque que j’ai vu récemment j’ai bien envie de dire pour déconner à la gérante de la station, tout comme le héros en RSV Mille du film : « Je n’ai absolument aucun problème d’essence ! »
Ne parlant pas espagnol, je me contente de verser 16,85 litres dans le réservoir de 17. J’étais large.

Je reprends la route en sens inverse pour retrouver Biké.
« Alors toujours en panne ces italiennes ! »
Biké me réponds avec le sourire. Je suis presque déçu de sa réaction.
Jean n’est pas revenu, je suis le premier.
« Tu vois c’est ça les vrais potes ! »
Quelques minutes à peine et les grognements du V4 1100 raisonnent dans la campagne perdue.
Jean justifie son retard avec les quelques difficultés de paiements sur l’automate de la station qu’il avait choisie.
En tout cas maintenant on va pouvoir rigoler. Je sors la durite en caoutchouc noire que j’ai toujours sous la selle arrière et la tends à Biké.
Le monde se divise en deux catégories, ceux qui tiennent un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses…
« C’est celui qui tombe en panne d’essence qui siphonne ».
Et Jean de nous présenter une longueur de durite translucide sortie de sa sacoche de réservoir. A la fois je suis agréablement étonné et en même temps je suis un tout petit peu déçu, avec la durite noire c’était plus drôle.

On plie les gaule on se casse.
Retour à l’hôtel par des routes semblables à toutes celles qui parsèment la région et procurent la même sensation : le nirvana.

Les hôteliers aussi ont ravitaillé alors ce soir nous pourrons poursuivre l’ivresse de la moto avec l’alcool magique au nom toujours indéterminé.

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #38 le: 12 décembre, 2020, 22:38:24 22:38 »

Toujours excellent!
Un vrai roman avec le petit flashback fort sympathique et les petites références musico-cinetographiques...

D’ailleurs j’ai revu il y a quelques temps que teen Spirit qui a inspiré Kurt, c’était le nom d’un déodorant pour jeune qui passait en publicité à l'époque... Comme quoi on peut faire un titre phare à partir de rien.

Au plaisir de lire les prochains trips!

;)
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Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #39 le: 10 janvier, 2021, 18:36:31 18:36 »

Troisième et dernier jour en Espagne.

Le premier itinéraire était celui de la reconquête du Graal, le deuxième celui de l’exploration (même si écourté), le dernier sera un best of des routes de la région découvertes l’année dernière.
En 2019 Jean et moi avons passé cinq jours ici à quadriller le secteur alors pour ce dernier road book j’ai prévu le meilleur. On oublie la Costa Brava et le Montserrat certes magnifiques mais inroulables. De manière générale plus on avance vers le sud plus les routes sont encombrées, la chaleur intense, le bitume poussiéreux, l’adhérence mauvaise. Il ne faut pas quitter la montagne telle est la leçon à retenir.

Aujourd’hui ce sera du double + au minimum parsemé de morceaux en triple et quadruple + tout du long. Sur ma carte Michelin toutes les routes sont repérées et annotées, il n’y avait qu’à les relier les unes aux autres pour établir le road book parfait avec le minimum de temps morts entre chacune et concevoir ma plus belle œuvre espagnole.
Elle commence avec une courte portion de la route du Graal initiale jusqu’à la bifurcation vers le « Trou noir » de la seconde quête de 2017 saturé en virages. Juste après c’est la descente sur St Hipolit de Voltrega hyper étroite tout en pif paf. Ici arrêt essence dans une petite ville déserte comme à l’accoutumée dans cette région. Avec les mesures liées au Covid les rues sont encore plus esseulées, une étrange sensation de fin du monde imprègne l’atmosphère.
Ensuite nous empruntons une partie d’autoroute pendant une vingtaine de minutes pour contourner Vic et rejoindre le prochain spot. C’est la seule partie inintéressante de l’itinéraire du jour. Après nous enchainerons jusqu’à l’arrivée les spéciales de rêve.
Calders – St Llorenç Savall : la plus belle route de la région selon moi. Un décor de western et un tracé extraordinaire d’une trentaine de kilomètres, au bitume parfait, dessiné tout en enfilades de virages souvent improbables, toujours jouissifs. Ici on atteint le Saint Graal de la conduite moto. Et des routes comme ça il y en a plein la région.

Je pourrais comparer avec les Alpes. A quatre reprises j’ai traversé l’arc alpin depuis ses contreforts de l’Ain jusqu’à la Slovénie parce qu’à l’époque je pensais que le Graal s’y cachait. Pourtant jamais là bas je n’ai trouvé route aussi incroyable. Certaines sont remarquables. Le San Bernardino entre Italie et Suisse, le mythique Stelvio et quelques autres cols suisses et autrichiens. Les hauts cols alpins sont tous les mêmes finalement. Ligne droite sur épingle sur ligne droite sur épingle.... C’est grandiose si on aime les paysages pelés et minéraux et la perdition totale. Entre l’Italie, la Suisse et l’Autriche, on ne sait jamais où l’on est. Cette sensation est unique. Quand je serai vieux j’y retournerai c’est sûr.

Les Pyrénées elles sont jeunes et sauvages, leurs sommets pointus et leurs versants verdoyants. Aussi l’horizon s’ouvre sur le sud et la Catalogne au contraire des Alpes, de l’Autriche du froid et des intempéries. Au niveau des paysages je concède un match nul.
S’agissant du plaisir de conduite les Pyrénées espagnoles et plus particulièrement la Catalogne se positionnent trois ou quatre level au dessus des Alpes. Pas de tracé extra large roulant, pas de haut sommet interminable à gravir entre une multitude d’épingles et autant de bouts droits, pas de circulation touristique continue en tout genre. Ici il n’y a que des enfilades de virages à l’infini dans le désert le plus total, du plaisir de conduite à l’état brut. Le Nirvana.

Notre journée s’est poursuivie comme elle avait commencé, à travers la montagne de Montseny et d’autres, notre plan s’est déroulé sans accroc, la jauge des sensations à son maximum.

Notre soirée est la dernière en Espagne.
Sans tristesse nous consommons la boisson qui aura accompagné toutes nos fins de partie depuis notre arrivée en terre catalane. Ce soir nous ne scellons pas la fin de notre voyage mais fêtons plutôt la prochaine et toute nouvelle étape de notre Tuono Cup 2020 : vers l’Aude et au delà !
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Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #40 le: 10 janvier, 2021, 18:45:30 18:45 »

Ce matin nous partons pour l’étape de liaison entre Ribes de Freser et Carcassonne.
200 kilomètres seulement séparent ces deux villes par le trajet le plus court, alors peut-être que Jean et Biké s’imaginent une journée à l’avenant….Ou peut-être pas. Depuis longtemps ils connaissent mon super pouvoir qui permet de rallonger les distances et doivent se douter que j’ai un plan pour en effectuer pas loin du double. Et on ne va pas quitter l’Espagne comme ça !

En prévisions d’hypothétiques fermetures de frontières liées au Covid avant notre retour j’avais imaginé d’emprunter des voies dissimulées pour regagner notre chère partie. Plusieurs traversées sont possibles entre l’Espagne et la France par des routailles sinon perdues en tout cas non favorisées par Google Maps mais pourtant représentées sur la carte Michelin. En cas de block out on aurait réalisé un large détour vers l’Est pour tenter notre chance entre deux trous paumés de part et d’autre de la frontière. Le passage officiellement ouvert nous nous contenterons du petit col le plus proche que j’avais repéré depuis Castellfollit de la Roca et qui nous amènera, coté Espagnol, au pied du col d’Ares. Alors au lieu de tirer tout droit vers la frontière située à 40 kilomètres de notre hôtel, on commencera par 80 bornes de détour.

Un dernier regard lancé pour notre hôtel animé par des centaines d’hirondelles tournant sans cesse autour de sa façade plein sud, nous voilà parti pour de bon. D’abord par l’étroite route montagneuse obligée en descente vers la vallée de Ribes pour ensuite rejoindre la nationale jusqu’à Ripoll et le départ du large col qui conduit à Olot.
Désormais ici je me sens en territoire conquis. Un peu comme le passage de la frontière entre la Suisse et l’Autriche arpenté quelques années plus tôt. Là bas il fallait franchir le sommet aux éoliennes avant le tunnel en forte descente au bitume marqué par les intempéries hivernales et souvent accompagné par la pluie. On se croyait presque arrivé mais il fallait encore passer un col puis un autre avant de tourner devant l’hôtel dressé dans l’épingle signalée de bordures rouge et blanche. On aurait dit une case du Joe Bar Team. Et quand il faisait beau on passait comme dans la bande dessinée ! Une dizaine de kilomètres après on rejoignait enfin notre camping à la ferme au pied du Grossglockner. On finissait par connaitre la route. Loin de notre patrie, trempés, rincés, rassasiés par les mixed grill ou les pizzas aux mélanges farfelus d’Helmut on se sentait presque chez nous.
Ici à la frontière espagnole désormais j’éprouve cette même sensation. Et j’en suis déjà un peu nostalgique.

La petite route vers la France pas facile à trouver, je nous fais effectuer plusieurs demi-tours avant de repérer l’embranchement convoité. Mal indiqué ce tracé semble se mériter. Etroit et perdu il nous conduit à travers les massifs sauvages de la région sur un bitume à l’avenant. Bizarrement il a plus de trafic sur ce petit ruban que sur certaines larges portions routières catalanes. Alors ça et là nous jouons à saute-mouton avec les automobiles sur notre chemin.



Une duré indéterminée plus tard nous rejoignons la grand-route et les tous premiers virages du col d’Ares. La route désertée, le plaisir élevé nous arrivons vite aux Prats de Mollo qui sonnent le départ de la pénible mais courte trêve jusqu’à Amélie les Bains où j’ai prévu de poursuivre par une réminiscence avec la D2 qui passe par Sournia.

Pas pressé de confronter mes souvenirs avec la réalité, je gaze pourtant dès les premiers virages de la D618 en direction de Prunet-et-Belpuig. Le bitume ressemble à si méprendre à une route de mes très chers massifs du Bugey. Etroit, cabossé, gravillonné et sablonné par endroits, ouvert sur quelques lignes droites favorables à de courtes pointes de vitesse, je me sens comme chez moi là aussi.
Resté à l’heure espagnole je nous arrête peu avant 14h à St Marsal en face d’un restaurant pour attendre Biké qui doit bien souffrir sur ce col.

« Holà! Para comer ? Bonjour, pour déjeuner, c’est possible ? »
Le tenancier nous invite à nous attabler en nous indiquant son unique menu encore disponible, un plat ariégeois à base de boulettes de viande et de haricots dont je n’ai pas retenu le nom.
« Ce sera parfait ! »
Le plat principal déposé sur notre table, notre hôte nous lance avec entrain :
« Elles ne sont pas trop dures les routes de la région avec vos Aprilia ? »
Moi je suis encore jeune, Jean chevauche le dernier Tuono V4 Factory aux suspensions Ohlins pilotées électroniquement… Biké lui est en train de décéder.
« Nos motos sont dans leur élément. »
« Et vous venez d’où ? »
« Bah là tout de suite de l’Espagne et nous allons à Carcassone. Nous sommes de la région lyonnaise. »
En général c’est là que ça commence. Aussi à cet instant nous réalisons ce que nous n’avions pas remarqué jusqu’alors, nous sommes dans un relai motard et à cette heure si tardive pour déjeuner, nous avons eu droit aux dernières faveurs de notre interlocuteur. Celui-ci nous indique les routes à emprunter dans la région avec entre autre le col de Pailhères et ses 2001 mètres en direction d’Ax-Les-Thermes. Je n’écoute que d’une oreille parce que la route de l’Odyssée de l’Espace nous l’avons déjà faite, les Saints Christophe locaux on a déjà donné et le plan est établi : on ira à Sournia par la D2 depuis l’Ille sur Têt. Fin de la discussion. Parfois je peux être buté.
Mais ça m’arrive de prendre le temps de réfléchir alors au moment du café je sors la carte pour discuter sérieusement géographie avec le patron.
« J’organise des journées motos dans la région. Et avec ma femme on fait parfois de grosses balades. Y’a deux ans nous sommes parti en Mongolie avec la tente et le duvet. »
Bon c’était peut-être pas la Mongolie, je sublime un peu parce que c’est la destination au bout du monde dont je rêve, mais c’était un pays d’Asie c’est sûr.

Désormais il a toute mon attention.
Ma carte sous les yeux il poursuit : « Vous devriez passez par la route fermée de la Bastide et continuer par les gorges de Cabrils par Oreilla où on se croirait en Corse. La D2 par Sournia n’a aucun intérêt. »
Mais qu’est-ce que tu dis ? Malheureux!
Au lieu de cela je l’interroge sur une intuition: « Et vous roulez avec quelle moto ? »
« Avec la meilleure moto du monde… » me rétorque-t-il un grand sourire aux lèvres, la réponse en suspens pour marquer le coup comme s’il m’avait lui même deviné.
Surtout pas elle, par pitié !
«… La 1200 GS ! »
Il enchaine : « Mais pas le dernier cri tout électronique. J’en ai eu une mais c’est lisse et chiant alors je me suis repris un ancien modèle sans aide à la conduite.»
D’un coup il regagne des points et confirme ma décision : on va suivre son itinéraire.

Au moment de partir, notre hôte charmant et rigolard nous lance ses dernières indications:
« Vous continuez la route principale sur un kilomètre jusqu’à la bifurcation à gauche vers la Bastide barrée par un panneau de chantier. Vous pouvez y aller, ça passe. Et bien le bonjour aux Carca ! »
Apparemment c’est une blague envers les Audois que seul les locaux peuvent comprendre.
« Merci ! On reviendra. »
Et c’est sûr qu’on reviendra. Le restaurant fait aussi hôtel et je kiffe l’Ariège et les Pyrénées orientales.

Je repars sur le même rythme avant l’arrêt resto, gaz en grand comme sur mes petites routes de l’Ain.
Dans un virage à droite, juste à temps je repère le panneau vers la route barrée à gauche et m’y engage. Je les pensais derrière moi mais mes acolytes devaient être en mode digestion sur ce début de reprise. Arrêté peu après le panneau j’observe Jean dans le rétro hésiter à l’intersection. Peut-être attend-t-il Biké et veut-il lui signaler le changement de direction ? Passées quelques secondes de réflexions il vient finalement tranquille-pépouze se garer derrière moi assez loin de l’embranchement.
Les yeux toujours sur le miroir du guidon je vois quelques secondes plus tard Biké prendre le virage dans la mauvaise direction sans la moindre hésitation.

Normalement la règle dans ce cas là est que celui qui a perdu son poursuivant par faute d’indications se charge de le retrouver. OK j’ai un poil merdé et surtout je n’ai pas le temps d’expliquer cette règle qui pourtant va de soi à Jean alors je m’y colle. Résigné j’effectue un demi tour en trois manœuvres sur la voie large comme un sens unique, rayon de braquage du Tuono oblige, et me présente sur la ligne de départ pour la poursuite après Biké. Il a une bonne minute d’avance mais combien pour le rattraper? Si j’avais une montre j’aurais déclenché le chrono. 5 minutes ? 10? 15 ? Et autant pour revenir… C’était une journée détour à la base mais je ne voyais pas les détails comme ça.
Hue cocotte !
Autre règle : privilégier la puissance si nécessaire. J’aime pas trop ça en général, je trouve que c’est pour les lâches. Je préfère la vitesse de passage en courbe plutôt que de taper dans le moteur dans les bouts de droit. En cas de force majeure on a le droit de faire les deux.

Le rodéo sur la routaille sera court. Trois minutes à peine et je reviens sur Biké certainement à l’agonie sur ce bitume cabossé. Mais la partie n’est pas jouée. Je le devine notre Biké, il ne va pas me reconnaître dans son rétro même si ma moto est un modèle quasi unique et ne rendra pas les armes aussi facilement. Je ne tente même pas les coups de klaxon lui aussi étant équipé de bouchons d’oreilles. Faut passer en force pour mettre un point final à ce rattrapage d’échappé au plus vite. Je profite d’une sortie de virage avant un bout droit pour faire hurler le métal et le dépasser.
« Et là tu me reconnais ? »
Il me répond d’un grand coucou affirmatif de la main.

Retour à la route barrée.
Quelques kilomètres passés le panneau, le chantier mobile est franchi, la route déserte et rien qu’à nous. Au fur et à mesure de la descente étroite au revêtement usé, les virages s’enchainant intimement les uns les autres, le ciel assombri par de lourds nuages, les souvenirs remontant, une révélation surgit. Cette route est celle sur laquelle nous nous étions perdus avec Mehdi en pleine nuit des années plus tôt, j’en suis certain.




Arrivés à Vinça nous prenons à gauche direction Prades à l’opposé de L’Ille-sur-Têt et de Sournia, la plus belle réminiscence accomplie par un heureux hasard.

En direction du sud le ciel devient irrémédiablement noir et menaçant. A Olette, les reliefs semblent trancher les évènements. En poursuivant à gauche de la montagne vers l’Andorre, la pluie est assurée. A droite le compas vers le nord le ciel se dégage. Derrière on doit s’inquiéter d’un nouvel épisode orageux. La carte posée sur le réservoir je suis serein car ici on vire plein nord vers la route corse promise par notre guide local.

Effectivement c’était bien un tracé typique des montagnes corses. Paysages sauvages et sensations de vertige au bord des précipices dignes des plus belles routes de l’île de beauté. Plaisir de conduite à l’égal des pires rubans reculés de montagnes. Visibilité nulle, bitume large comme une voiture sans la moindre échappatoire, impossibilité technique de dépasser le 50 km/h à quelque endroit que ce soit. Bref inroulable à moins d’être suicidaire. Alors j’en profite pour réaliser mes premiers clichés du voyage.





Une demi heure passée nous nous s’extrayons enfin de cet enfer de lenteur et nous rejoignons Puyvalador et Quérigut.
Nous terminons la partie joueuse de la fin de journée par les gorges de l’Aude à des vitesses plus que prohibées comme pour rattraper la moyenne horaire. Après c’est la route principale jusqu’à Carcassonne avec à l’arrivée la découverte de la ville fortifiée éclairée par une merveilleuse lumière orageuse de fin de journée. Sublime et impressionnante.
Il y a longtemps que je voulais revenir explorer cette région. On verra demain pour la suite.
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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #41 le: 11 janvier, 2021, 21:50:11 21:50 »

super, on s'y croirait .....

miam miam le V60 ....  :-*
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Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #42 le: 31 janvier, 2021, 21:48:47 21:48 »

Jeudi 13 août 2020. 8h35. Parking de l’hôtel. Le ciel est d’un bleu limpide, la température matinale élevée, on cuit déjà. Contact, moteur et go !

En fait non, la moto ne veut pas démarrer. Je coupe le contact, le réenclenche et appuie à nouveau sur le bouton rouge. Toujours rien. Pas la moindre amorce de lancement, nada, que dalle, pas même un reset compteur. En même temps ça ne risque pas la batterie est neuve. J’insiste sur le démarreur jusqu’aux premiers bruits de craquements typiques en provenance de la roue libre. Je ne vais pas tout casser. La moto a décidé de me faire une scène alors j’arrête.
« Ok t’as pas dormi à l’abri cette nuit, mais il fait beau et sec. Tu me refais le coup du moteur noyé au premier coup de démarreur ? »
Elle aime bien ça depuis quelques temps. Et elle a parfaitement choisi son jour.
Ce matin nous avons un créneau entre 9h et 10h30 pour le changement des trois pneus arrière dans un bouclard de Carcassonne (celui où nous nous étions arrêtés la première année pour mon pneu avant). Cette année prévoyant on avait appelé tous les garages du coin pour des Pirelli sans succès et ce rendez-vous s’est avéré celui de la dernière chance. A Carcassonne y’a que du Bridgestone et tous les plannings sont remplis depuis belle lurette en cette veille de week-end du 15 août, alors autant dire que si la moto persiste à ne pas obtempérer pendant l’heure suivante ça va être la merde.
Jean et Biké insisteront pour tenter un démarrage à la poussette. Je savais par expérience que ce serait impossible mais c’était rigolo des les voir suer sang et eau par gentillesse.
L’heure tournant, j’indique à mes compagnons de se rendre au rendez-vous en espérant démarrer d’ici la fin de notre créneau programmé.

Maintenant que je suis seul avec ma moto je lui parle sérieusement :
« Cocotte si tu ne démarres pas maintenant c’est la fin du voyage assurée. On ne pourra pas remplacer ton pneu ailleurs ni aujourd’hui ni demain et après tout sera fermé. Je te le concède on pourra rentrer jusqu’à Lyon avec ce qui reste de gomme sur la bande centrale mais ce sera par l’autoroute voire la nationale. Sur les flancs ton pneu est mort alors oublie les virages ! »
Cette connasse dédaigneuse ne me répond même pas.

50 minutes plus tard, Jean est de retour. Entre temps nous nous sommes concertés et j’ai acheté des câbles de démarrage à l’hypermarché situé en face de notre hôtel. Le chrono tourne toujours alors on démonte fissa les selles pour connecter les batteries. Au bout de trois essais comme par miracle le V60 craque enfin, Alléluia !
Si je n’y croyais plus une demi heure plus tôt j’arriverai finalement dans le temps imparti chez Axe Moto. Le pneu est remplacé et la moto redémarre, la journée peut reprendre le cours des évènements prévu, je retrouve Biké et Jean sur le parking de l’hôtel.

Nouveau problème : le pneu avant de Biké ne lui permettra pas d’accomplir les 1000 à 1500 kilomètres restants jusqu’à la dernière étape de notre trip, d’autant plus qu’on vise désormais sérieusement les 4000. Le pneu est sur les témoins et le garage du matin n’avait pas le temps d’effectuer l’opération.
Solution : démerde toi pour trouver un autre garage, nous on va rouler avec Jean, t’avais qu’à partir avec un train de pneus neufs comme nous !
Je rigole, c’était moins abrupte que ça. Biké nous refait le coup de l’excuse technique pour s’octroyer une journée de repos alors on le laisse profiter de sa journée comme il l’entend en espérant le retrouver en pleine forme avec une moto prête à avaler les kilomètres à notre retour.

Le V60 redémarre au quart de tour, c’est parti pour un tout nouveau terrain de jeu dans les environs de Carcassonne. J’avais prévu l’étape audoise en deux manches. La première après notre escale technique pour une courte boucle de 250 kilomètres au sud, la seconde le lendemain avec 400 bornes au nord, les deux itinéraires tracés en forme de trèfle histoire de ne rater aucun spot régional ou le moins possible.
La méthode du trèfle c’est Pascal, mon mentor de moto comme j’aime à le définir, qui me l’a apprise.

Petite parenthèse en Dolorean volante.

On s’était rencontré par une froide journée d’hiver au bord du lac de Dortan dans le Jura. C’était ma première saison et ma première brêle, une Honda 650 SLR. J’avais choisi le gros mono plutôt que la 500 basique parmi les choix d’usage de l’époque. Je n’y connaissais rien aux motos et à vrai dire elles ne m’intéressaient pas autrement que pour leurs sensations mécaniques brutes et bon marché. J’avais juste quelques images télévisées du Dakar et des 24h du Mans en guise de culture motocycliste. Surtout l’envie simple de rouler dans les virages par delà l’horizon des reliefs du Bugey, ressentir des sensations mécaniques et dépasser certaines appréhensions du monde proche remontant à l’enfance. Aussi je n’avais aucun pote motard dans mon entourage.
C’était au mois de janvier 2001. Je grillais ma clope dans le froid à la faveur d’une pause quand une Pampera de trial descendit d’un chemin de terre boueux depuis le versant du lac derrière moi.
Les salutations d’usage effectuées ce motard décida de s’arrêter pour discuter. J’avais 21 ans, lui une bonne quinzaine d’années de plus que moi. J’ai toujours roulé avec des vieux en fait.
Surtout c’est ici et avec cette rencontre que commença réellement mon cheminement de motard et un peu plus tard la quête du Graal.

Pascal c’était le pur. Le fils d’agriculteur élevé à l’enduro et au trial dans sa Charente maritime d’origine. Le gamin qui à 16 ans gagne un concours de sécurité routière avec une 103 SP neuve à la clef et la revend pour une 125 d’occasion à boite parce qu’une vraie moto se doit de posséder des vitesses. Et quand vint l’heure de chevaucher la moto tant convoitée, d’effectuer le premier galop d’essai en espérant pouvoir proclamer enfin haut et fort son appartenance à la communauté, il salue d’un V ganté ses tout premiers motards croisés sur la route… Des gendarmes.

Je pourrais en raconter des kilomètres sur Pascal et les trips qu’on a fait d’abord à deux puis à trois avec mon frère. La Corse et 2000 bornes sur l’ile en une semaine, les Cévennes, le Mercantour et j’en passe. A chaque fois le but était le même : on allait dans une région pour quelques jours, on arpentait toutes les routes du tiéquar en zig-zag et on rentrait. Le GPS c’était pour les nazes (bon c’était juste le début à cette époque), y’avait que la carte Michelin qui comptait. Surtout on gardait toujours la même vitesse moyenne.
Je le surnommais secrètement Monsieur 100. Autant ça pouvait me saouler de rouler à 100 sur une section de voie rapide autant je trouvais carrément sport et difficile de tenir cette vitesse sur une route à chèvre de montagne. En plus on allait toujours tout droit du point A au B. 400 mètres de double voies ou 10 minutes de chemin de terre, rien à cirer, il fallait rejoindre les deux bouts au plus court.
Pour résumer cette période reste celle dont je suis le plus nostalgique. Ces années sur des tréteaux qui ne freinaient pas plus ils n’accéléraient, ne tenaient pas mieux la route, toutes ces arsouilles étaient les plus formatrices, inoubliables et roots que j’ai pu vivre.
Aujourd’hui, j’ai passé l’âge de Pascal qu’il avait lorsqu’on s’est rencontré, je roule en mille sportive depuis longtemps, vais à l’hôtel restau tous les soirs…Mais je roule toujours avec des vieux, je reste le jeune !

Je poursuis la quête du Graal.

Cette demi journée sera marquée par la route à chèvres. Je l’avais prévue à la lecture de la carte mais la réalité dépassera grandement mes ambitions.
On démarre par le camp de Roquemaurel en direction du plateau de Lacamp. Les routes sont tape- culs sans être très joueuse, on découvre, on rode les pneus, on s’adapte, ça va. Mais cette sensation de rouler sur de la tôle ondulée apparue dès le départ s’éternise.
A la faveur d’un arrêt, Jean m’invite à nous pencher sur le paramétrage des suspensions pilotées équipant son Tuono dernier cri avec le confort comme objectif.
« Ecoute je sais à peine me servir de mon smartphone alors ta game boy, laisse tomber ! Baisse tous les paramètres au plus soft, au pire t’en feras un SUV de vieux à la mode.»
Coup d’œil complice à ma RSV dépoilée de série limitée : « On est d’accord, on touche à rien, toi tu es parfaite et prête à tout. »

La suite du parcours sera à l’unisson des routes du départ, physique et peu attrayante. Mauvaise pioche tout du long, parfois la fortune prend des airs de malédiction.
Sur la fin de la boucle on enquille sur un tracé en parallèle d’un court d’eau aux allures de billard par rapport aux bitumes empruntés jusqu’alors. Derrière Jean ralentit puis disparaît du rétro. Je devine un arrêt pour paramétrer ses suspensions. Il faut couper le contact pour réinitialiser le bouzin ; avec les assistances à la conduite faut d’abord s’arrêter pour gagner du rythme. Calé en mode Monsieur 100 j’attends patiemment et avec délice que sa silhouette réapparaisse dans le miroir. La carte sur le réservoir annonce la prochaine à gauche pour une route à chèvres. Hihihihi…
Il paraît que les assistances ont du bon mais sur la routaille et le gravier qui recouvre toutes les zones de freinage la technologie prendra un bon kilomètre de retard sur l’archaïsme. Sorcière=1 / Princesse =0.


La première de la lignée et sa dernière descendante.

Retour à l’hôtel où on retrouve Biké pour l’apéro. De son coté il a réussi à remplacer son pneu avant et s’est reposé.
Nous lui livrons le témoignage notre journée: «Des routes de folie et du billard tout du long, en comparaison l’Espagne est à chier. T’as vraiment raté quelque chose !»
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Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #43 le: 04 février, 2021, 21:55:04 21:55 »

Vendredi 14 août 2020. 8h35. Parking de l’hôtel. Le ciel est d’un bleu limpide, la température matinale élevée, on cuit déjà. Contact, moteur et go !

Et merde…Comme une impression de déjà vu ?
Un poil la tête dans le cul rapport à la soirée précédente, les évènements matinaux de la veille s’étaient momentanément effacés de ma mémoire. Là brusquement tout me revient et le moteur ne s’élance pas plus aujourd’hui qu’hier.
A l’évidence ce n'était pas un simple cafouillage au démarrage lié à la batterie. J’ai une idée du réel problème mais remplace le relais de démarreur par un neuf que j’avais emporté dans mes bagages. Verdict : aucun changement, c’est la roue libre qui en cause.
On sort les câbles, y’a pas de raison que la méthode de la veille ne fonctionne plus. Le démarrage à froid est le plus dur, après au cours de la journée et encore chaud le moteur démarre au quart de tour. Enfin s’est ce qui s’est passé hier.
Je vais insister sur le démarreur à l’aide de la batterie de Jean, débrancher/ rebrancher la connexion de la pompe à essence pour désengorger les puits de bougies après chaque série de tentatives ponctuées de craquements mécaniques et miracle le moteur finit par s’élancer. Au total il aura fallu une demi heure pour réveiller la bête mais la journée peut enfin commencer.
Il restera deux gros démarrages avant le retour en région lyonnaise, demain et après demain. Ca devrait le faire. C’est ce que je me dis à cet instant.

Aujourd’hui on abandonne une nouvelle fois Biké qui préfère profiter de sa journée à l’hôtel. Au programme de sa convalescence: soleil, piscine, masque chirurgical, Ricard, shit. Le Campanile ressemblerait presque à un hôpital de cure.
Je pars donc seul avec Jean et les câbles aux pinces croco au cas où.

Cette fois ci le résumé de la journée sera court.
Sur la carte les routes en promettaient et j’avais préparé méticuleusement un tracé en trèfle pour ne rater aucun spot, mais parfois la réalité du terrain est bien différente des études de papier.
La région nous l’avions traversé à plusieurs reprises, le potentiel semblait énorme vu le vaste réseau routier représenté sur la carte. Concrètement nous avions lors nos précédentes reconnaissances empruntées toutes les routes remarquables.
Mais on abandonne pas ! Je me suis fixé un point d’honneur à parcourir le road book dans son ensemble avec l’espoir de tomber sur un tracé, au moins, qui en vaudrait le détour. Aucun. Dans le coin le revêtement n’est que tôle ondulée, la route ne tourne pas à l’enfilade, ce n’est que l’enchainement monotone du virage dégueulasse et sans joie sur le bout de droit tout autant dépourvu d’attrait.
La carte Michelin et le V60 semblent s’être donné rendez-vous aujourd’hui pour me contrarier.
En fin de journée, résignés nous shunterons les cinquante derniers kilomètres de la boucle prévue.
Parfois ça ne sert à rien de s’entêter.

A Biké retrouvé : « Tu as raté une fois de plus une journée de folie, comment t’aurais kiffé! Fallait en être, on ne reviendra pas. »
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Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #44 le: 04 février, 2021, 22:08:40 22:08 »

Avant dernière étape, direction l’Aubrac puis l’Auvergne pour terminer le jour d’après.
Le séjour est réglée, les motos sont chargées, équipés nous sommes prêts à partir, je me tiens paré les câbles rouge et noir dans les mains. Mais impossible de démarrer. La roue libre a définitivement rendu l’âme.
On s’en bat les couilles ? La devise n’est pas opportune.

« Tu devines la somme de conséquences à venir ?
J’avoue que je te kiffe quand même Cocotte. Ok t’as choisi le samedi 15 août période Covid (bonus) pour tomber en panne mais t’aurais aussi pu me faire ça le deuxième jour du trip voire en Espagne où j’aurais certainement moins apprécié ton sens de l’humour. On fait quoi ? On est à 500 bornes de la maison. J’appelle l’assistance, je te laisse ici et je rentre en train ? Hors de question! Je ne t’abandonne pas ici. »

Jean a l’intuition de la bonne idée : « Faut shooter le moteur au Start Pilot. C’est sûr, le moteur démarrera ! » C’est son expérience du Stock Car qui parle.
Il ira lui même en acheter dans une surface commerciale ouverte en cette journée sainte. Vive la société de consommation…Bon cette fois le vendu que je suis ne crache pas dessus.
Il faudra ouvrir la boîte à air et injecter le produit au plus près du cœur pour que le moteur se réveille en sursaut sous le choc de l’adrénaline. Hourra le monstre est en vie !

« Je rentre direct sur Lyon, je fais l’impasse sur les deux étapes restantes, c’est plus prudent. » Telle est ma décision que j’annonce à Biké et Jean.
Les deux me répondent à l’unisson : « On est une équipe. Toussa… »

Alors gaz pour notre chez nous ! Mais ça ne veut pas dire qu’on va rentrer au plus court.
Quelques indications me seront nécessaires pour me repérer sur les 40 premières bornes qui nous séparent de Minerve après tout sera de mémoire, j’ai l’itinéraire global en tête avant même d’enclencher la première.
La carte oubliée sur le pli minervois, s’enchainent St Pons, les cirques de Navacelles, Lodève et sa spéciale de course de côte et puis toutes « nos spéciales » habituelles de l’Hérault et du Gard jusqu’à Villefort. Ici on finira par ma détestée N88 qui rejoint au plus rapide Lyon en passant par le Puy en Velay et Saint Etienne. C’est moche et chiant à vitesse autorisée. A 130 de moyenne, les courbes deviennent virages et on ne voit pas le paysage gris défiler.

Dernier arrêt ravitaillement quelques dizaines de kilomètres au sud de St Etienne. Je réalise avec regret qu’à l’arrivée il nous manquera 350 bornes pour franchir les 4000. Comme c’est frustrant d’abandonner si près du but… Après concertation nous décidons que nous roulerons le lendemain. Dix étapes étaient prévues au départ. La dernière sera locale ce sera le seul changement de programme acceptable pour atteindre l’objectif. C’est décidé, j’échangerai le Tuono contre la RSV et nous partirons du Bugey, mon fief, pour tirer ensuite sur le Jura ou le massif des Bauges en Savoie selon l’envie. Le trip s’achèvera en V60.

Sous les dernières lueurs du jour nos routes se séparent sur le périphérique lyonnais. Les signes d’au revoir sont brefs, les retrouvailles prévues pour le lendemain.


Dimanche.
Je me lève péniblement à 9h. Si ma tête est rentrée la veille, mon corps semble subitement avoir pris ses congés. Je ressens une globale et profonde lassitude physique. L’idée même d’achever mes cervicales et mes poignets sur les demi guidons de la RSV me fait mal d’avance.
Coup de fil à Jean qui héberge Biké. Les deux ont quasiment 15 piges de plus que moi, ils doivent être à l’agonie, Biké peut-être même aux urgences. J’ai une grosse envie d’annuler le programme de la journée mais je vais les laisser parler d’abord.
Moi : « Alors qu’est-ce qu’on fait, on est motivé ? »
Jean au bout du fil : « Non Biké est mort et moi je t’avoue ne pas être en super forme. La météo annonce des orages pour l’après midi… On va regarder le GP sur le canapé. »
« Petits joueurs ! J’irai faire un tour de RSV tout seul pour la gloire des 4000 bornes. »

Je raccroche avec soulagements, l’honneur sauf. Evidemment je n’irai pas rouler le jour même et attendrai trois jours entier avant de chevaucher la RSV. Après un gros trip faut gérer le sevrage et ça je commence tout juste à savoir le faire.

Fin.


Fin de la quête du Graal ou du moins sa version des Pyrénées en Tuono. Y’aura surement encore des Pyrénées et encore plus certainement du Tuono mais pas combinés ensemble dans un avenir proche. Ce sera ailleurs en Tuono ou l’Espagne toujours mais avec une autre monture.

Fin de ma BD. Parce que je vois vraiment ce simple récit comme tel. Y’a peu d’image, c’est vrai, et pourtant c’est ma formation initiale. Dans une autre vie j’étais illustrateur graphiste avec dans ma jeunesse une école d’arts graphiques, bd, peinture, sculpture, multimédia, etc. La totale qui mène nulle part. Depuis j’ai changé de voie pour le BTP et l’architecture ensuite. C’est moins créatif mais j’ai un salaire décent pour rouler comme je l'entends.
Par moment l’idée m’a titillé de réaliser une vraie bd…mais dessiner des motos ça me saoule et il faudrait un confinement de 2 ans pour que j’en arrive au bout. Le plus important c’est le scénar, la mise en image me passionne moins désormais.

Fin de ma trilogie. Trois c’est le bon numéro. Autant pour les actes que pour le nombre de personnages, pour une histoire c’est bien. Y’aura pas de « trois ans plus tard », mais un préquel. Dans une série je trouve que c’est mieux, la boucle temporelle est bouclée définitivement.


Le plus important dans l'histoire c'est qu'il fallait retrouver le Mojo avant de repartir pour la quête du Graal. Alors, quand, où et comment ?

« Eh Doc fait chauffer la Doloréan et règle le cadran de la machine à voyager dans le temps sur la date du 25/01/2017!»
Quatre ans en arrière presque jour pour jour.

La voiture décolle à la verticale, replie ses roues et effectue une manœuvre de demi-tour pour s’élancer face caméra. Une lueur bleue intense émane des propulseurs, le véhicule suspendu quelques instants dans les airs accélère brutalement, un flash lumineux déchire le ciel, l’engin s’engouffre et disparaît dans la brêche temporelle qui se referme aussitôt.
« Modifié: 05 février, 2021, 20:25:12 20:25 par Bourrask »
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arvigna

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #45 le: 05 février, 2021, 08:28:59 08:28 »

 :'(

C'est fini ...

Un grand merci pour ce partage.

 :)

Tartanpion

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #46 le: 05 février, 2021, 12:53:30 12:53 »

Salut , j’ai dévoré tes récits .
Étant adepte de gros roulage en montagne avec des amis , j’ai retrouver au travers de ta prose le plaisir pris sur place
Merci :!:
Et bravo
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Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #47 le: 05 février, 2021, 20:42:33 20:42 »

Merci ! C’est cool que ça vous ait plu parce que c’est pas vraiment fini. :D
Le trip qui va suivre se déroule pendant l’hiver 2017 quelques mois avant la première quête du Graal à travers les Pyrénées. Le casting est différent et l’action se déroule plus au sud.



La Dolorean volante pourfend le ciel et réapparait à la date programmée sur le compteur spatio temporel.



Mercredi 25/01/2017.

Une interrogation commune et silencieuse plane dans l’habitacle de la voiture au ralenti. La nuit tombée quelque part sur l’A7 le trafic autoroutier est bloqué par la neige à hauteur de Montélimar.

« Qu’est ce qu’on fait là ? »
D'un énième coup d’œil sur le rétro je cherche en vain une réponse dans les regards éteints de nos motos recouvertes de givre et de neige fondue.
Stéphanie: « Mais pourquoi t’as pas dit non?»
Moi: « Je t’ai dit oui parce que je pensais que tu changerais d’avis. Je ne voulais pas perdre la face. »


Flash back, octobre 2016.
J’ai toujours aimé les sauts temporels.

Après une intense virée automnale « la dernière arsouille de l’année et après on pleure tout l’hiver », suivent des messages « C’était trop bien ! », « Faudrait remettre ça au plus vite », « On va déprimer tout l’hiver. On va mourir…», etc. Bref, tous les écueils listés j’en viens à me résoudre au fait que l’hiver sera long jusqu’à ce surprenant message de Stéphanie: « Ca te dirait le rallye de Tunisie ? Ce serait un bon entrainement pour le championnat de l’année prochaine. »

Vous pouvez répéter la question ?
Je devine la demoiselle joueuse et pas trop sûre du terrain sur lequel elle s’engage, mais l’air de rien elle me propose un trip qui me fait rêver depuis des années. Casser la trêve hivernale, rouler au soleil dans un pays chaud avec sa propre moto. Mon attirance pour la Tunisie elle ne la connait pas. Alors à ce qui me semble être une proposition incertaine je réponds un « ouais ce serait cool » tout aussi hypothétique. Ou comment dire oui à un truc qu’on ne fera sans doute jamais si on y réfléchit. Encore cassé physiquement de la veille mon cerveau est ailleurs.
C’était un lundi matin.

Pourtant cette idée me titille toute la journée. Si ça se trouve cette fille, complètement barrée mais ça je le sais déjà, est sérieuse. On va voir. Fin de journée message de ma part : C’est OK pour moi.
A-t-elle fait un arrêt cardiaque, je ne sais pas, mais suivra ce genre de discussion au départ presque anodine où l’on en vient rapidement à prendre des engagements. Pour ma part la question est déjà réfléchie si tant est que l’instinct puisse l’être, la décision prise quasi dès le premier message du matin, je demande néanmoins un délai de réflexion pour la forme. Oui c’est moi le sain d’esprit du binôme, la psychopathe c’est elle. Alors le lendemain j’affirme à Stéphanie un oui officiel qui sera néanmoins entériné deux jours plus tard devant témoins.

Voilà comment l’on en vient à se retrouver un soir de janvier sur l’A7 en direction du sud bloqué par la neige.


Après un voyage de 6h30 nous rejoignons enfin à 21h30 le Campanile de Septème les Vallons au nord de Marseille pour retrouver des potes de Stéphanie. Eux n’ont pas choisi le gîte proposé par l’organisation du rallye pour passer la nuit. Nous les retrouvons au restaurant de l’hôtel pour le dîner. Je suis claqué. Le sentiment d’avoir réussi l’impossible, rejoindre le point de départ malgré les mauvais pressentiments, les pluies verglaçantes, la neige, l’aquaplaning avec la remorque… Une moto se doit d’être sur ses roues, sur un attelage ce n’est pas naturel.

Les potes de Stéph sont super cools, ce sont des vieux de la vieille, je les aime d’emblée.
Cinq minutes à peine que nous sommes là et un type se présente à nous coupant les présentations en ne parlant que de lui, son palmarès, sa vie son œuvre son ego, putain j’entends presque la chanson de Dutronc « Et moi, et moi, et moi ! ». Tout ce que j’aime. Ca pouvait pas attendre demain ? On est claqué, on a faim, on s’en fout. Plus que ça il nous met le stress vis à vis du choix de pneus par rapport au grip précaire des routes tunisiennes, des conditions de roulage là bas, etc. Bref le mec plus relou tu meurs. Sa présentation achevée notre cador prendra finalement ses congés pour nous laisser diner en paix.

A 23h nous regagnons notre hôtel « Première classe » situé en bordure d’autoroute qui nous évoque d’emblée un parfait cliché de film d’horreur avec son enseigne lumineuse clignotante défectueuse de couleur fuchsia. Ici nous laisserons voiture et remorque pour la semaine. C’est l’unique raison pour laquelle cet hôtel a été choisi par l’organisation du rallye et on comprendra vite pourquoi.

« T’as vu les avis sur l’hôtel ? » me lance Stéphanie le smartphone en main.
Même si j’y comprends rien (pas de GPS, pas de smartphone, pas d’aprc, merde! Bon le dernier pourquoi pas, le 2e viendra un jour mais le 1er jamais !), je découvre un graphique de 95% d’avis ultra négatifs. Un hôtel de passe à priori.
C’était pas faux, voire pire.
Les draps à peine lavés sont perforés de brûlures de cigarettes, le lavabo décollé du mur le mitigeur git à 45°, la douche ne l’évoquons même pas, alors on préfère ne pas regarder et essayer de s’endormir. C’était sans compter sur les camions beine à vide qui déferlèrent tout la nuit dans la descente de l’A7 jouxtant ce taudis. C’est ce que j’ai cru d’abord avant de réaliser la tempête qui, très proche, rugissait avec son et lumière faisant trembler les minces murs séparant les chambres. Et je ne parle pas du reste, l’horreur totale. Demain on aura même plus de moto, c’est certain !

Après 3h de sommeil tout au plus le jour se lève enfin.
Au ressortir de la douche Stéph me crie « ne m’appelez plus jamais Princesse ! »





La traversée
Jeudi 26/01/17

Levé à 7h, soit bien plus tôt qu’en semaine, je consens à l’effort pour la bonne cause. Nous retrouvons nos potes de la veille dans la salle de petit déjeuner de l’hôtel et très vite de nombreux participants arrivés dans la nuit nous rejoignent pour le café. La veille il n’y avait que quatre motos. Ceci explique sans doute les allées et venues incessantes de la nuit, le type aussi qui a essayé de forcer la porte de notre chambre à 2h du matin. Du moins j’essaie de m’en convaincre même si à présent je m’en fous.

A 8h c’est le briefing d’avant départ sur le parking de l’hôtel et nous découvrons l’ensemble des participants. Nous sommes 25 Français et une vingtaine de Tunisiens est annoncée sur place.
Premier tour d’horizon, il n’y a que de la katoche. Du 690 en majorité, tous les modèles, SM, SMC, Duke, mais aussi du SuperDuke et j’en passe. Seule Stéph est en hypersport allemande. Pour ma part j'ai délaissé le Bon et la Brute pour le Truand, ma 690 Duke 3R. Il y’a quand même quelques japonaises, un Gex Mad Max-isé, un Tiger, une Benelli, la meilleure moto du monde soit disant cette horreur de 1200 GS, et même un scooter avec passagère.
La composition du groupe est très éclectique de part les âges et les types de motos, pourtant beaucoup se connaissent déjà via les rallyes routiers. Je l’apprendrai plus tard mais nous sommes seulement 3 ou 4 à ne pas connaître la discipline.

A 8h45 c’est le départ en convoi pour le port de Marseille, nos bagages chargés dans la camionnette d’assistance nous roulons légers dans le frais atmosphère méditerranéen.
Les nombreuses démarches administratives effectuées et autant de démarrages à répétition qui me feront craindre la panne électrique, à 11h30 les motos sont sanglées dans la cale du ferry.
A 12h attablés au resto, le bateau larguant les amarres au même moment, nous faisons la connaissance de Sylvain, ici en 1200 ZRX mais possédant une RSV4 pour la piste, avec qui nous roulerons beaucoup par la suite.
Une petite sieste pour qui arrive à dormir, une bière chacun et l’après midi défile très vite. C’est le temps des derniers sms, les cotes françaises désormais éloignées le signal s’éteint.

Le soir on se couche tôt. Malgré le manque de sommeil je n’arriverai à m’endormir que tardivement. Le ciel est noir, la mer peu formée néanmoins agitée, j’essaie de caler ma respiration sur le tempo des vagues en vain. L’amplitude n’est pas la même. Volontairement je n’avais pas pensé au trip depuis l’inscription, désormais le doute m’envahit.
« Modifié: 13 février, 2021, 15:07:22 15:07 par Bourrask »
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Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #48 le: 06 février, 2021, 22:02:30 22:02 »

L’arrivée
Vendredi 27/01/17

Les mêmes démarches qu’à l’embarquement effectuées, deux ou trois présentations de passeports et autant de points de contrôle, nos roues foulent enfin le sol tunisien. On y croyait presque plus, mais on y est. Il fait beau et même chaud sous le soleil de midi.
Nous rejoignons le ralliement de motards franco-tunisien proche du port de la Goulette. Le groupe de locaux est aussi éclectique que le notre. Il y a de tout, du roadster, de la sportive, du trail.

Le temps de changer des euros en Dinars, d’engloutir un sandwich et une véritable orange dont le goût n’a rien à voir avec celles importées en France, vient rapidement le moment d’un départ joyeux et tonitruant en direction de l’avenue Bourguiba, artère principale de Tunis. Là bas tout le monde nous attend.
La Garde nationale tunisienne escortée de soldats avec fusils mitrailleurs en bandoulière nous accueille en fanfare. On a l’impression d’être des vedettes. C’est trop d’honneur pour nous, tout semble démesuré. On réalisera plus tard ce prélude de bienvenue d’un peuple accueillant et chaleureux à la sincérité déconcertante pour les européens parfois trop suspicieux que nous sommes.

C’est le moment ! Celui du départ officiel.
Stéphanie porte le numéro 105, moi j’ai le 106, donc je pars une minute après elle. « On s’attend » c’est ce qu’on était convenu avant de partir. Mais je merde direct, comme par enchantement.
Je m’élance de la ligne de départ et tire tout droit au premier embranchement. C’était pourtant pas loin, 200 mètres tout au plus après l’avenue au trafic neutralisé. Un câble pète dans mon cerveau et je prends la mauvaise direction alors que j'aperçois Steph au loin engagée sur une bifurcation opposée.
Pourquoi ? Je ne me l’explique toujours pas. Comme un rejet du conformisme, je ne peux pas faire pareil que tout le monde. Lol
Putain c’est un rallye! Il serait judicieux de suivre les directives.

Nikoumouk
Je fais demi tour sur le périphérique tunisien à la faveur d’une brèche dans le rail central de séparation des quatre voies pour revenir au départ et au rond point de l’avenue Bourguiba. D’emblée je perds bien 10 minutes.
En abordant le large carrefour giratoire me reviennent les recommandations de la veille : « En Tunisie on ne roule pas comme en France. Dans les ronds points la priorité n’a pas lieu. Vous faites un grand signe de la main et vous vous engagez en forçant le passage, les automobilistes s’arrêteront en vous rendant le salut. »
La théorie c’est bien mais voyons la pratique.
Alors vas-y le grand coucou c’est moi que v’là. Et ça marche ! Toutes les voitures s’arrêtent en répondant de grands signes. Je vous aime aussi. Bon y’avait un feu tricolore au vert dans mon sens de circulation, je réalise à l’instant…

J’enquille plein gaz la voie rapide annoncée pour 15 bornes sur la case du road book. Je suis seul, derrière, en retard.
Je pense à Steph qui doit être loin devant. Aussi à ma carte de la Tunisie oubliée dans mon sac en transit pour l’escale du soir. Si je me perds comment ferai-je pour rejoindre l’hôtel ? Si seulement j’avais un GPS. Non, je n’en suis pas à ce point là. Résigné mais pas désespéré. Surtout plus j’y réfléchis et plus je trouve la situation drôle. Se perdre dans un pays inconnu sans savoir où se rendre ne serait-elle pas la sensation la plus déconcertante, la plus dépaysante ? A ce moment je kiffe la bande son grave du LC4 qui recouvre mes pensées tout comme cette couleur ocre jaune qui filtre tout le paysage.

Je ne comprends pas grand chose au déroulé du road book si ce n’est que la sortie doit être juste devant moi. Pour le reste va savoir.  Surtout j’aperçois au loin un groupe de motards. C’est là, c’est sûr ! Faut les suivre pour retrouver Stéphanie. Alors je bifurque sur la bretelle de sortie avec conviction. D’un coup ça glisse de partout.
On nous avait briefé. Le bitume nord tunisien est un marbre poli balayé par le sable et rien qu’en l’effleurant du pied on le perçoit même à l’arrêt. La jonction avec le groupe de devant quasi effectuée, un rond point seulement nous séparant, je lèche le frein avant au cul du camion qui me coupe la route dans le giratoire sans même un coucou. Les us et coutumes viennent rapidement.
C’est quoi ce délire !? Je perds l’avant à 15-20 km/h. Même à faible allure ça part comme sur du verglas. La moto s’incline puis se relève sans résistance et sans bruit, je pense récupérer le train avant durant ¼ de seconde avant qu’il ne m’envoie choir irrémédiablement.
Bordel. De. Merde. Aussi je pense aux leviers de rechange dans le sac avec la carte Michelin.
Bon il ne doit pas y avoir de casse, j’ai juste posé la moto au sol. Coup d’œil au levier d’embrayage et au sélecteur de vitesse en relevant la KTM, ils sont toujours là. Je repars illico et termine l’inspection visuelle de la brêle en dynamique. Objectif, ne pas perdre le groupe de vue, je suis à l’ouest niveau orientation.

Et d’un coup d’un seul je me sens libéré d’un poids. En une demi heure j’ai tout fait. Perdu Stéphanie, raté totalement l’orientation et mis la moto parterre. Y’a un certain level. Presque je suis fier de moi. Ne pas faire les choses à moitié telle est ma devise.
La pression évacuée et les idées claires, désormais c’est grand gaz. Je reviens sur le groupe pas si éloigné. Pas de Stéphanie. Devinant quelques échappés à l’horizon je repars à la recherche de mon acolyte perdue avec espoir. La route tourne gentiment mais je me méfie de l’adhérence dans chaque virage. J’en profite pour observer le paysage qui n’offre aucune particularité remarquable, le relief vallonné est ponctué de vignes, on se croirait dans un Beaujolais ocre jaune.
Plus loin, je bute sur une vision improbable. La silhouette d’une moto qui s’avère de plus près un scooter en duo. Un mirage ? L’équipage se déplace à rythme plus que rapide. Qui sont ces tarés ?
Je continue avec eux jusqu’au prochain ravitaillement même si je n’ai aucune envie de m’arrêter. Ma mission est plus importante. Comment je vais me faire pourrir à l’arrivée. Personne ne devra le savoir.

La pause s’effectue dans une station essence en bordure d’autoroute.
Avec espoir je m’avance vers un motard tunisien :
« - Salut l’ami. T’aurais pas vu la belle blonde par ici?
- … »
D’habitude son allure de mannequin en combinaison cuir intégrale ne passe pas inaperçue.
Je tente une autre approche : « Avec la BMW S1000 RR. »
Là il percute direct. Les motards tunisiens sont fans des motos hypersportives mais visiblement moins des blondes germaniques.
« Ouais elle est repartie depuis un moment, elle est loin devant.»

L’esprit apaisé, une heure de ligne droite plus tard en compagnie de mon nouveau groupe de fortune, je rejoins l’hôtel du soir à Monastir.

A peine la moto garée j’aperçois à une trentaine de mètres Stéphanie sur le parvis de l’hôtel les bras levés dans ma direction.
A cette distance j’interprète difficilement le sens du geste. Les mains levées au ciel pour me maudire ou les bras tendus pour l’accolade? Légèrement penaud je m’avance vers elle.
« Mais qu’est-ce que t’as foutu ? » Me lance t-elle.
« C’était fait exprès pour voir si tu m’attendrais. J’ai la réponse maintenant. »
En vérité je m’excuse platement. Demain on fera ça bien on ne se quittera pas promis juré.
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Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #49 le: 07 février, 2021, 18:04:15 18:04 »

La promesse
Samedi 28/01/17

Sous les premiers rayons de soleil je remplace la bobine du road book fixé au guidon. Je prendrai plaisir à cette manipulation tous les jours suivants dans cette ambiance d’avant départ si particulière. L’excitation matinale est amplifiée par le ronronnement des motos tunisiennes qui partant une à une égrènent le décompte de notre départ. Elles sont 20, autant de minutes pour se préparer au départ. On est laaargeee.

A notre tour de s’élancer je demande à Stéphanie si c’est bien à droite qu’il faut partir, pour rigoler.
La première case est tronquée, je ne rigole pas tant que ça en fait.

La BM franchit la ligne de départ, une minute après me voilà reparti à ses trousses. Je parcours 500 mètres et l’aperçois rangée sur le bas coté. J’en ai presque la larme à l’œil. Elle m’a attendu.
Je m’arrête à son coté et la découvre penchée sur le Vector fixé au tableau de bord tentant désespérément de le reparamétrer sur le décompte partiel. Et bah merci quand même !
Le mode d’emploi de l’appareil sera assimilé sur le parking du port de Marseille à notre retour soit dit en passant.

On repart et très vite le road book nous envoie à travers la campagne tunisienne. Les routes sont similaires à nos rubans français de prime abord. En plus arides, plus jaunes, plus poussiéreux, et surtout déserts de présence humaine. Quelques kilomètres plus loin nous retrouvons Sylvain arrêté au milieu de la pampa pour tourner la page A4 de son road book affiché sous bagster. Nous ferons la suite du trajet ensemble. Sous un ciel voilé nous poursuivons notre route du jour, parfois la cherchant, d’autres fois la retrouvant au gré de nos rencontres ça et là. C’est l’aventure.

Enfin c’est vite dit. Y’a des flics partout. Et ils n’ont pas les mêmes directives que chez nous. La sécurité routière ici y’en a pas et je ne dirai pas que ça me dérange mais on a rapidement l’impression d’être au Far West.
Au début c’est marrant, on passe à deux fois la vitesse autorisée en adressant de grands coucous aux forces de l’ordre qui neutralisent la route sur notre passage et autant qui nous indiquent la direction à suivre. Ce qui s’avère assez rapidement chiant, il est impossible de se perdre.
Cela dit le trafic routier tunisien s’avère très sécure pour les motards que nous sommes. Globalement la circulation est faible voire absente et les quelques automobilistes rencontrés sont hyper attentifs à toutes ces motos qu’ils ne voient jamais en temps normal. Mais nous ne sommes pas venus pour écraser des gamins dans des villages. Evidemment on remercie l’organisation tunisienne pour toute cette attention et cette délicatesse à notre égard mais nous ne le méritons pas. J’ai l’impression d’être un gros con d’européen, riche, égoiste et sans gêne. Et sans doute est-ce le cas.
Pourtant les Tunisiens ont l’air content de nous voir et tous nous accueillent les bras grands ouverts sans arrière pensée. Alors peut-être que toute cette interprétation européenne d’un peuple que je ne connais pas n’a pas lieu d’être.
NB pour le retour en France : ne pas faire coucou au flic derrière son radar en passant à 240. Il ne te rendra pas le signe pour ton bien.

Tous les trois nous nous perdons sur une piste de terre qu’il ne fallait pas emprunter, premier moment où je me dirais que ça devait être pénible en hypersport et n’aurait plus aucun regret sur mon choix de monture. Au détour du chemin, face à nous un groupe de français en sens inverse de notre route nous affranchit: «C’est pas par là. »

Plus loin quelques gouttes perlent nos visières, la température se rafraichit, le plaisir néanmoins est au rendez-vous. La route s’avère sympa, l’adhérence humide bien meilleure que la veille sur le sec, je commence à me sentir en vacances et à lâcher prise pour de bon avec le quotidien.

Pause au resto de l’étape de midi. Nous sommes les premiers français. On ne s’est pas arrêté sauf pour le plein. Définitivement Sylvain, qui nous a ouvert la route, n’aime pas les arrêts plus que nous, ce qui nous va parfaitement.

Le méchoui avalé on repart sans la pluie. Le ciel se découvre, les rayons d’un franc soleil percent nos cuirs et des kilomètres de lignes droites nous éloignent rapidement des contrées sauvages du nord tunisien. Mais j’aurai mal pour mon mono. Les deux zygotos excités devant moi en 1000 quatre cylindres n’ont pas compris la motorisation qui nous séparait. A 140 je suis déjà au ¾ du régime max, alors à 180 je suis pleine charge, inconscients ! Le LC4 il aura pris cher tout au long du voyage, genre jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien…



Je ne sais plus trop où mais à un moment on a bifurqué sur une route joueuse et exotique. Elle tourne, elle promet, le soleil est radieux. Le dépaysement est total, je me sens définitivement en vacances, loin, ailleurs.

On repart en se greffant à un autre groupe. Ce col de moyenne montagne qui serpente au milieu de reliefs arides jonchés de vestiges comme de bâtisses contemporaines se révèle dès les premiers virages un profond tapis de gravier. Passée une courte hésitation je laisse Stéphanie à son sort. Mais jamais je ne m’inquiète pour la femme bionique. Et ce n’est pas une considération de genre. Elle est la personne la plus forte, incassable, acharnée que je connaisse. Et puis merde elle ne m’a pas attendu le premier jour.
Surtout j’ai un truc à vérifier qui me brûle l’esprit et les os, là, maintenant, tout de suite. Sur cette route tout revient. A l’accélération la roue arrière patine, en sortie de virages ce sont les deux roues qui se retrouvent en dérive. J’ai retrouvé mon Mojo !



Je croyais l’avoir perdu dans les Pyrénées espagnoles deux ans auparavant. Plusieurs fois j’ai hésité à retourner là bas chercher ce que j’avais abandonné et même si j’ai retrouvé sa trace l’été dernier en terres cévenoles je ne pensais pas le dénicher si loin. Alléluia j’ai retrouvé la foi !
Cette brêle elle est trop bien ! C’est ce que je me dis aussi en pensant au V4 pour lequel je l’avais délaissée. Je kiffe l’instant, la moto, la lumière, le paysage et ce putain de Mojo!





Copain, copine retrouvés plus loin on repart aussitôt. Il faut que je vérifie si tout n’est que mirage.
Rien à péter du road book, j’ai enfin pris mes marques sur la lecture du dérouleur, de toute façon c’est tout droit comme d’habitude jusqu’au prochain point de passage fliqué. La route pas aussi sinueuse que mes espérances c’est de l’enduro routier qui s’annonce avec bouches d’égout sans plaque de fonte à répétition, dépressions et dos d’ânes incessants, gravier en veux tu en voilà à chaque instant. Trop marrant!

Quelques kilomètres après, arrêtés au rond point derrière moi, Sylvain et Stéphanie discute du RB et de la direction à suivre alors que je suis engagé sur la bonne voie. La confiance perdue… L’orientation c’est moi d’habitude. OK j’ai pas pris la carte Michelin mais bordel j’ai retrouvé le Mojo !

Avant de terminer l’étape du jour nous effectuons un dernier ravitaillement en essence. Un petit gars de 10 ans à peine vient à ma rencontre devant la pompe à essence.
« Tu es Français ! D’où viens-tu ? »
« De Lyon. »
« OK. Non mais tu étais où hier ? »
« A Monastir. On a prit le bateau à Marseille et on est arrivé à Tunis avant hier. Ce soir on va à Douz.»
« Super ! Je suis content et je te souhaite la bienvenue en Tunisie. »
Je suis touché, je n’arrive pas à imaginer une situation semblable dans notre pays, celui des droits de l’Homme…Et tous les Tunisiens semblent aussi sincères que ce petit garçon.

Des kilomètres de lignes droites pour finir, le Chott El Jerid à la tombée du jour, une lumière ciselée comme fil d’Ariane et nous regagnons l’hôtel de Douz à la nuit tombée.





Ce soir je vais enfin pouvoir dormir cette nuit. Fais péter le Sky !
« Modifié: 13 février, 2021, 15:06:25 15:06 par Bourrask »
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Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #50 le: 07 février, 2021, 18:15:18 18:15 »

Le Graal
Dimanche 29/01/17

L’organisation nous l’a promis et répété hier soir lors du briefing quotidien, aujourd’hui c’est L’Etape.
« Demain ça va tourner, le RB sera propice à la KTM beaucoup moins à la BM.» Telle fut la sentence assenée par un motard tunisien la veille à notre arrivée sur le parking de l’hôtel. « Non mais tu connais pas Stéphanie !», avais-je envi de lui répondre. Tout comme à nos compatriotes qui au bar le soir, quand la Movie Star s’apprêtait dans la salle de bains, s’inquiétaient quotidiennement auprès de moi de l’état de ses poignets. Non mais LOL ! La blonde c’est une tarée et ce n’est jamais elle qui signe la reddition en premier.

Alors on se lève encore un peu plus tôt que les jours précédents. Les rayons d’un soleil irrévocable nous colle immédiatement le sourire aux lèvres, l’excitation commune est palpable sous le ciel bleu limpide.
Avant d’enfourcher les motos pour cette rude étape Douz-Douz il nous faut graisser les chaines. J’avais promis d’emporter tout le nécessaire pour des réparations de fortune et l’entretien basique; ce chargement prenait la contenance d’un sac entier et nous n’avons pas eu à nous en servir. Cela dit je m’étais simplement engagé à fournir le matériel, pour le reste : « Je te montre et tu te démerdes.» Je ne suis pas plus doué qu’elle.
Pourtant devant le franc désarroi de la demoiselle qui en dix années de vie motarde n’avait jamais graissé une chaîne et s’y prenait complètement de travers, je fus faible.
« Bravo pour le bel effort d’avoir pensé à la graisse, tu t’améliores. Allez donne moi ça, je vais le faire !»
Je m’emparai du spray qu’elle me tendait. Bordel j’hallucine.
Le graissage de sa chaîne achevé je lui rendis sa bombonne métallique : « Quand tu n’entends que la bille à l’intérieur c’est que c’est vide, tu peux la jeter. La prochaine fois tu penseras à en emporter une pleine, banane! »
« Ahahaha» La rigolade encaissée, nous nous arrachons de l’hôtel en direction du premier contrôle de passage obligé : la station essence à 2 km de là. Nous partons sans Sylvain qui n’avait qu’à se réveiller.

On pointe on part.
La prochaine case du RB est annoncée à 70 km. 70 bornes d’une ligne droite ininterrompue à travers le désert, le vrai. De prime abord le pictogramme sur l’imprimé donne envie de pleurer. Jamais je n’avais apprécié une voie rectiligne avant ce jour pourtant c’était grandiose. L’impression d’être dans un film, de changer de format d’image, c’est pas ton petit écran de télé ou d’ordi, c’est de l’extra large à perte de vue. La distance elle aussi n’est pas la même. 70 km à 140 de moyenne ce n’est ni loin ni long et sur un bitume fripé, cabossé, les vibrations de la route et du mono conjuguées, le corps et les mains engourdis dans la fraicheur désertique, cela s’avère un peu usant, finalement sans ennui.

Devant Stéphanie file promptement, la capuche rose fluo au vent, la BM survolant les aléas de la route, le 4 cylindres gavé de chevaux cruise en sous régime pour attendre le mono à bout de souffle. J’en suis sûr elle a mis les poignées chauffantes en marche.



Brusquement le bitume gris accidenté devient noir lisse. A cette jonction une douzaine de motos arrêtées occupe toute la voie. Jusque là je ne l’avais pas vraiment intégré, les Tunisiens eux sont soumis à la régularité avec une vitesse moyenne de 60 km/ heure à respecter. Sur une ligne droite déserte de 70 bornes que dire à part mission impossible. Alors je compatis en les voyant repartir.
L’un des Tunisiens s’attarde néanmoins avec nous et l’on en profite pour effectuer le graissage de sa chaine. Bon je te file la graisse mais toi tu te démerdes pour l'appliquer.
On comprend ici que la moto est un loisir très récent pour les Tunisiens qui ont grand mal à se procurer équipement divers et surtout des pneus. Pour beaucoup les leurs sont usés à la corde et régulières sont les crevaisons.

D’autres français arrivent alors que nous repartons.
Devant nous un relief ocre vert patiné, un creux au milieu, un large bitume à la saveur de billard en comparaison des goudrons précaires empruntés jusqu’ici, c’est un col qui arrive. On finissait par croire qu’on reviendrait avec des pneus carrés à force de lignes droites et de gravier, ici on va pouvoir enfin mettre de l’angle pour de vrai. Pas comme sur le réseau routier français non plus. Dans ces contrées toujours il faut se méfier. Des caillasses, du sable, de tout, et même des dromadaires annoncés par panneau signalétique.
Première courbe en montée suivie d’une épingle pleine gauche, sans surprise je perçois toute la conviction de Stéphanie, la BM sonne l’assaut, c’est parti ! Je rigole direct.
Jusqu’à ce trip en Tunisie j’avais l’habitude qu’elle soit derrière, moi ou un autre, je n’avais donc jamais vraiment observé sa façon de faire/ sa technique, on s’était promis qu’ici ce serait elle qui ouvrirait la voie. Je m’en doutais quand même. A cet instant se révèle une connexion comme j’en ai seulement avec quelques autres pour la moto. Peut être similaire à la danse ou la musique, en tout cas sur la même longueur d’onde, les atomes s’accrochant, sans concours, sans arrière pensée. Simplement on kiffe l’instant présent, on joue à rouler ensemble. Et on joue au même jeu. Après y’a plus que se regarder pour se marrer.

On achève la descente de l’autre coté du col d’un bref coucou à l’égard de nos collègues rouennais en KTM arrêtés sur le bord de la route, un peu occupé à autre chose que nous sommes, et 200 m plus loin c’est l’instant génial du RB où l’on passe d’un billard à une route défoncée en un seul instant magique. On quitte ce beau col pour une route qui n’en a que l’appellation, du gravier, du sable, des trous partout et surtout des dépressions régulières pas croyables. Tu sautes, tu tombes du sommet de la vague et ré-accélères à son creux comme face à un mur, la sensation est géniale, le ressenti amplifié par le contraste avec la route juste avant. Sur un bout de ligne droite entre deux virages le même convoi de Tunisiens en avance sur l’horaire nous barre la route.
Bordel, ils auraient pu trouver meilleur endroit. Le point de contrôle de passage à 400 m est visible en contre haut de notre position. Je crois qu’ils n’ont pas bien écouté les consignes de la veille : « Tu te fais chopper à t’arrêter, tu prends des pénalités. »
Nous sommes définitivement contents de ne pas jouer la régularité.

(Je n’ai pas précisé le cadre de ce rallye, je m’en rends compte. Cette édition n’est pas chronométrée pour les Français, seuls les Tunisiens sont soumis à des règles. La faute au contexte de ces années là marquées par un attentat contre des touristes français quelques mois plus tôt et au faible nombre de participants inscrits qui peut-être a résulté de ces évènements. Le rallye s’est donc transformé en grosse balade pour ceux qui ont maintenu leur engagement malgré l’annulation de la compétition. Et pour tout dire route fermée ou pas je ne pense pas que cela aurait changé grand-chose dans ces contrées.)


Hop les rouennais nous rejoignent durant cet arrêt improvisé. Nous repartons avec eux. C’est marrant, ça tourne à travers la campagne, j’ai une méchante et permanente envie de jouer depuis la veille, le rallyeman accompli devant moi n’a pas l’air de vouloir alors on reste calme.
Arrêt essence pendant lequel un groupe de tunisiens excités nous rejoint. On repart à quatre avec eux, les deux rouennais, Steph et moi, pour un col en direction de l’école de Matmata notre étape déjeuner toute proche. Des souvenirs ravivés de rencontres internationales type France/ Allemagne ou France/ Pays Bas dans les Alpes autrichiennes plus loin et nous voilà très vite arrivés au point de la mission caritative de notre voyage.



La joie et l’émotion de chacun enchantées par la musique berbère tunisienne, il est déjà temps de repartir. Situé en plein village troglodyte restauré, un restaurant à la fraicheur exacerbée par son plafond en voute basse nous attend pour le couscous.
A quelques centaines de mètres, nous devinons le lieu de tournage de Starwars, la planète Tatooine de Luke et de son oncle Ben. Moi je suis pas trop fan, c’est Sylvain qui nous a rappelé le mythe.



Et moi je veux nager encore une fois avec toi. Non en fait je veux rouler !
Nous repartons, Stéph, Sylvain et moi quasi les derniers de la colline troglodyte au chemin d’accès caillouteux et à la pente prononcée.



Nous rattrapons assez rapidement le groupe parti un peu plus tôt que nous auquel nous nous s’intégrons en queue de peloton. Jusqu’ici tout va bien.
Mais j’ai encore une satanée envie de jouer qui me trouble l’esprit. Faut savourer sa passion en discrétion alors j’attends patiemment qu’on me fasse signe pour passer et recoller de manière ludique le groupe éparpillé. Evidemment Stéphanie m’emboite le pas sur cette route abîmée, mais nous resterons bloqués trop timides pour s’épanouir pleinement dans ce groupe mené sur un faux rythme.

Plus loin c’est un concours d’égo entre le pilote de la moto portant le numéro zéro et un autre participant qui nous arrêtera pour connaître la bonne route à suivre. Ce que l’on réalisera discrètement hilare le soir à l’hôtel.
Bordel t’as pas passé l’âge mec ? Ca valait bien le coup de nous mettre la pression avec les pneus pluie extra tendres, le grip pourri... Des pneus en bois ça suffit pour rouler à ce rythme.
Pour le moment nous restons là sans vraiment comprendre ce qui se trame et d’ailleurs on s’en fout totalement.

On repart enfin. Toujours de la route sympa jusqu’à la prochaine étape café au sommet d’un col à la vue surprenante sur la plaine lointaine. Les habitations sur les collines avoisinantes de teinte identique à cette couleur ocre jaune qui irradie et imprègne tout le paysage semblent plantées là depuis des lustres.



Stéph commande un café, pour moi ce sera un thé. Le tenancier nous propose de goûter son beurre de chèvre. Avec plaisir. J’ai dégusté le véritable yahourt bulgare au lait de chèvre au fin fond des Balkans alors « ça goûte ce que ça sent » je connais. En fait là ça goute pas plus ce que ça sent mais c’est bon quand même. Merci on reviendra peut-être un jour.



On re repart. On re rechange de groupe. On re refait les cons. Là j’en peux plus faut qu’on mette du gaz pour de vrai. Sur la courte et étroite descente du col je pousse un peu Stéph à l’ouverture, genre vas-y fais péter le 4 cylindres! La descente trop brève s’ouvre sur une portion sinueuse bien roulante et c’est le mono qui se fait péter la gueule. Le GSXR noir nous double comme une invitation à la BM qui lui emboite immédiatement le pas.
J’ai tout fait pour suivre, tout donné en vain en entrée de virage pour presque tout reperdre en sortie de ces courbes trop longues. Le mono il a pris cher malgré la position aérodynamique, les bras pliés le long du corps, la tête dans la bulle qu’il n’y a pas… Au final c’est comme les rasoirs jetables, à un moment donné faut les jeter. Alors je jette l’éponge à 200 m de la station essence, hein !

J’avais pas précisé mais au départ en manque d’essence on partait pour ravitailler alors fallait aller très vite pour éviter la panne sèche. Le cas échéant faut pousser, marcher, tout ça… c’est chiant.

La journée se termine il faut rentrer à notre hôtel de Douz. On reprend le col en sens inverse.
On fait le match retour ?

Plus loin nous retrouvons la grande ligne droite du matin cette fois au soleil couchant. La lumière rasante appelle l’arrêt commun et le délassement dans le sable fin et délicat du désert. A cet instant cette poussière brune qui coule entre mes doigts justifie à elle seul tout le voyage.
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Bourrask

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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #51 le: 07 février, 2021, 18:26:20 18:26 »

Le retour
Lundi 30/01/17

Nous refermons la porte de la chambre nos lourds sacs plein les bras. Dans le hall de l’hôtel nous les abandonnons au pied du chariot pour le camion d’assistance. Aujourd’hui c’est l’étape retour jusqu’à Hamamet au Sud de Tunis où demain nous reprendrons le bateau pour Marseille. Déjà.

La veille vers 22h durant le briefing, Kais l’organisateur du rallye, nous avait annoncé que le road book retour serait modifié pour cause d’importantes inondations survenues la semaine précédente. Les cols montagneux devenus impraticables le tracé sera tronqué dans son second quart au profit d’un convoi de 160 km encadré par la Garde nationale tunisienne. A l’écoute de cette décision la déception fut unanime.



A l’aurore, les road book sont remplacés, les écrans de casques nettoyés, les chaines graissées, les moteurs s’ébrouent, tout le monde est prêt à partir. Enfin presque tout le monde. Quelques retardataires français encore dans leur chambre, la tête dans l’entrebâillement de la fenêtre comme dérangés par cette agitation matinale nous interrogent avec circonspection. Ouais c’est maintenant!



Départ du parking de l’hôtel toutes les minutes en petits groupes comme les jours précédents. Sylvain s’est réveillé à temps aujourd’hui, nous partons donc tous les trois.
Une petite heure plus tard et autant de lignes droites nous atteignons le Chott El Jerid déjà traversé deux jours plus tôt en fin de journée, cette fois c’est une lumière matinale radieuse qui nous invite à nous arrêter de nouveau. C’est toujours à la fin que survient le besoin de photographier tous ces moments que l’on ne veut pas oublier. On devine le terme du voyage proche, il est inconcevable que tout s’arrête si brusquement alors on essaie de cristalliser les dernières sensations qui bientôt seront lointaines.
Je visse la poignée de gaz pour dépasser Stéphanie et lui indiquer cette immédiate nécessité. D’habitude c’est moi qui ne m’arrête jamais, j’ai parfois l’impression d’avoir affaire à un clone.







Les instantanés dans la boîte on repart sur cette interminable ligne droite menant à de lointains reliefs bleutés. Les deux 4 cylindres s’échappent rapidement pour raccourcir la distance, raisonné je ne tente même pas de les suivre. J’en ai marre de lui mettre la misère au Lc4.
Mes deux compères ayant poliment ralenti je les rejoins au pied du col que l’on devinait à l’horizon. Enfin il est là. Aujourd’hui il faudra profiter pleinement du moindre virage, chacun en a conscience. Alors la BM s’extraie de la roue de son ouvreur et le déboite bille en tête les premiers virages à vue. Sylvain est cool et nous comprend. Pas besoin d’échange de politesse outre mesure. J’emboîte le pas de Stéphanie et comme d’habitude c’est bien marrant.
Le poste de frontière au sommet du grand droit abordé à vive allure, c’est le regroupement prévu pour le convoi.


Bande son : https://youtu.be/HTMud2Ix2w4


Convoy. Le film que j’ai vu 100 fois enfant. Mais ce ne sera pas le même scénario, oubliée l’anarchie. C’est une organisation quasi militaire digne d’un film de guerre américain contemporain qui s’organise autour de nous. Une voiture verte et blanche ouvre la route devant les Tunisiens, une autre au milieu, les Français ensuite et une dernière pour fermer. Y’a pas de Hummer avec mitrailleuse mais c’est tout comme. La colonne internationale s’élance avec fracas, gyrophares tournoyants et sirènes hurlantes. Et on ne traîne pas sur la route. Le convoi occupe toute la voie, les motards sur la file de droite, les voitures de l’armée sur celle de gauche. A notre rencontre les véhicules présents sur la chaussée sont sommés virilement de se ranger immédiatement dans les bas cotés. Sur la nationale nous traversons de petites villes brutalement paralysées par notre passage, c’est l’effervescence. Surprise, enthousiasme, étonnement, curiosité ou autre, que sais-je ? On nous regarde passer en trombe.
Putain le malaise ! Pas besoin de tout ça pour nous.
De ces interminables lignes droites je pourrais dire que la conduite escortée était surprenante, ennuyeuse dans sa durée mais ce serait une réflexion futile et inappropriée. Sans réfléchir à tout ça, j’apprécie les paysages, le soleil, la chaleur, le moment présent tout simplement.

La colonne s’éteint au milieu d’un bled dans une zone artisanale perdue. D’abord on ne sait pas trop ce que l’on fait là, c’est midi on a faim. Putain d’assistés.
En fait on vient de rejoindre le RB initial et ce qui semble être une spéciale de la compétition si elle avait eu lieu. J’avoue ne pas les avoir toutes reconnues les jours passés mai là ça semble clair.
Un nouveau CP est établi pour les Tunisiens comme pour les Français. Nous approchons de la ligne de départ Stéphanie et moi. Juste avant nous deux KTM assurent le spectacle en partant sur la roue arrière.

Le compte à rebours défile sur la borne lumineuse plantée devant le marquage au sol.
50 secondes.
A ma gauche Stéphanie. A ma droite le lanceur, je ne sais pas si c’est le bon terme mais il me plait. Il m’interroge: « Départ type grand prix ou départ cool ? »
« Tranquille » dis-je.
« Ca vaut mieux. » affirme-t-il.
Ouais c’est ça...ouais…C’est la figure du Joker brodée sur mon genou droit qui semble me parler. L’autre son contraire présent sur ma jambe gauche il ferme bien sa gueule de chauve souris.
30 secondes.
Je tourne la tête vers Stéph pour l’interroger du regard. Comment on la joue? Moi je suis chaud !
Derrière l’écran noir opaque impossible de capter les yeux verts que je devine fixés loin devant. Même pas elle me calcule. Oh putain !
Bon je vais me caler sur toi enfin je vais essayer.
10 secondes.
« 5,4,3,2,1!»
La BM s’arrache de la ligne de départ avec force, j’ai toujours le coin de l’œil braqué sur elle et tire sur la première comme jamais, jusqu’à la limite de rupture, le métal hurlant je passe la 2 et la 3 à la volée, la brêle tire très court, les deux motos restent cote à cote jusqu’à ce ralentisseur de 10 cm de hauteur en fond de cuvette qui nous force à freiner et par la même occasion m’évite l’humiliation, après ça n’aurait plus été possible de faire jeu égal. On ré accélère dans la montée entre quelques habitations vers une route déserte parsemée de virages et de sable. La jeune femme sur la BM est déchainée. Très vite on revient comme deux balles de Long Rifle sur le binôme parti avant nous et on s’arrête là. Dommage, encore une fois on ose pas.

Un peu lassé de rouler en paquet de 6-7, on quitte plus loin le groupe pour des kilomètres interminables de lignes droites jusqu’à la prochaine spéciale, les prochains virages après le CP suivant. Ce n’est pas dur de comprendre que les 7,7 km à venir vont être fun. Et merde le ratio virage /kilomètre.
Alors on se lâche, c’est maintenant qu’il faut en profiter pleinement.
Ca passe trop vite et déjà c’est fini. Ensuite, encore et toujours des lignes droites jusqu’au Coliseum antique de Jem.
Pause déjeuner vers 14-15h. Visite des lieux. On termine la journée par 80 bornes d’autoroute jusqu’à Hamamet.

Là bas nous sommes accueillis dans un hôtel de luxe. La chambre immense est plus grande que mon appartement. Vue sur la piscine et la Méditerranée à 100m.
Apéro dans nos quartiers, Madame boit du whisky désormais. Et ça c’est grâce à moi, vous vous en souviendrez ?
La discussion nous mène à livrer notre bilan du séjour.
En vérité je ne sais plus mais je me souviens avoir bien rigolé. Surtout c’est opportun de le faire à ce moment du récit.

Alors oui de la ligne droite on en a bouffé. Beaucoup. Et même trop. Mais il y a eu deux supers journées dont une véritablement exceptionnelle. De grands moments également répartis ça et là le reste du temps, c’est de ceux là dont je veux me souvenir aussi. On a envie de rouler encore et encore. On pourrait faire ça tous les jours sans sourciller, physiquement c’était bien moins intense que certains trips réalisés sur le territoire français. Et puis cette chance d’avoir fait ça ! On est au mois de janvier et on a roulé au soleil dans des contrées inconnues et exotiques. Le voyage aurait mérité deux jours de plus, c’est une évidence, pour éviter les grandes liaisons entre nord et sud en privilégiant les petites routes sinueuses tout du long. Ceci dit comment pourrions-nous être blasé de toutes ces sensations vécues, de tous ces paysages comme du peuple tunisien ?

Et surtout c’était une idée « à la con » lancée au départ. Rien que pour ça je suis heureux de l’avoir fait. Alors ici s’achève une mémorable aventure vécue en très bonne compagnie. Et ce dernier point est primordial. Si on ne partage pas à quoi ça sert ?

Au final on est un peu pété. Si on descendait au resto ?
La fête de remise des prix pour les Tunisiens suivra.
Délestés de nos derniers dinars nous regagnons la chambre. La porte se referme derrière nous, l’aventure aussi.



Bande son : https://youtu.be/Y001O8Azj1U






Epilogue

Mardi 31/01/17
Putain de porte de merde ! Comment ça marche déjà ?
Tout équipé, les sacs et le casque dans les bras, ça me saoule direct. Je ne peux/veux pas rentrer ou sortir.
« T’as la carte magnétique Stéph ? »
Dernier convoi jusqu’au port de la Goulette. De chaleureux adieux avec les Tunisiens et la troupe française s’engouffre dans le ventre du bateau.
Mer plate, traversée tranquille. Après toute cette aventure, j’ai l’impression d’être littéralement emprisonné dans ce ferry.


Mercredi 1/02/17
Enfin on débarque.
J’en peux plus je veux rouler encore.
Premier rond point, premier virage, la fièvre m’envahit immédiatement. Je repense à notre conversation de la veille avec le journaliste marseillais, les spots du sud, les routes à faire dans les environs de Marseille, celle des Calanques, le col de la Gineste surtout. Cette fois j’ai pas la carte Michelin avec moi, le smartphone de Stéph est HS, et je ne sais absolument pas où se situe géographiquement cette route. Je serais moins con j’aurais un GPS…

On arrive sur le parking de l’hôtel du premier jour, je descends de ma brêle en direction de Stéphanie encore casquée et lui lance :
« On fait la Gineste et on se casse ? »
« Arfff…Ne me tente pas ! »

Je n’insiste pas à cause des raisons évoquées plus haut sinon elle aurait accepté. C’est mon seul regret de tout le voyage. On sera obligé de revenir rien que pour ça, avec des idées à la con on peut aller loin.

PS : je vous livre le résumé vidéo que Stéphanie m’a envoyé:
https://youtu.be/5VTQzQhW4bg


Cette fois c’est vraiment fini. La suite se passe au premier jour de la quête du Graal pendant l’été 2017. La boucle est bouclée.
« Modifié: 07 février, 2021, 18:33:51 18:33 par Bourrask »
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Re : Les Pyrénées en Tuono ou la quête du Graal
« Réponse #52 le: 07 février, 2021, 20:51:47 20:51 »

Encore une fois excellent, on s’y croirait!

Merci pour le partage et pour ta prose.

;)
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